Le Royaume-Uni suspend temporairement le regroupement familial pour les réfugiés

La ministre de l’Intérieur britannique, Yvette Cooper, a annoncé lundi suspendre les nouvelles demandes de regroupement familial pour les réfugiés présents au Royaume-Uni. Cette mesure radicale survient alors qu’une « refonte complète » du système d’asile a été promise par la ministre. Le Royaume-Uni connait depuis mi-juillet d’importantes manifestations anti-migrants, signal de la tension extrême qui règne dans le pays.
Dans une allocution devant la Chambre des Communes (Parlement) lundi 1er septembre, la ministre de l’Intérieur britannique, Yvette Cooper, a promis une “refonte complète” du système du regroupement familial pour les réfugiés avant la fin de l’année.
“Des réformes substantielles du système d’asile sont nécessaire dès maintenant », a affirmé Yvette Cooper, pour “moderniser” et renforcer la sécurité d’un “système d’asile défaillant”. Celui-ci doit être fondé sur des “règles équitables et correctement appliquées” et non pas sur le “chaos et l’exploitation par des gangs”, a-t-elle ajouté, indiquant un durcissement des règles à venir.
En attendant la mise en application de cette réforme, la ministre a annoncé “suspendre temporairement les nouvelles demandes [des familles de réfugiés]” dans le cadre du programme actuel de regroupement familial pour les étrangers. « Les réfugiés seront soumis aux ‘mêmes règles et conditions que tout le monde en matière de migration familiale’, jusqu’à ce qu’un nouveau cadre soit mis en place, a-t-elle indiqué. La ministre a précisé que cette suspension ne concernerait cependant pas les ressortissants ukrainiens, qui continueront à bénéficier d’un système distinct.
Des mesures radicales
Le gouvernement travailliste de Keir Starmer prévoit d’adopter, de “nouvelles règles” plus strictes et radicales concernant l’accueil des membres de la famille (enfants et conjoint) des demandeurs d’asile et des migrants bénéficiant du droit d’asile au Royaume-Uni. Dans le pays, « ces demandes (de réunion familiale) sont généralement déposées environ un mois après l’octroi de la protection, souvent avant même que le réfugié nouvellement reconnu ait quitté son logement d’asile » avance la ministre, ajoutant qu' »en conséquence, les familles de réfugiés qui arrivent sont beaucoup plus susceptibles de solliciter une aide aux sans-abri ».
Elle souhaite ainsi s’inspirer du Danemark ou de la Suisse, deux États dans lesquels les personnes bénéficiant d’une protection humanitaire ne peuvent demander à faire venir leur famille que deux ans après avoir obtenu cette protection. « D’ici à la fin de l’année, nous mettrons en place un nouveau système de migration familiale, avec des périodes de résidence minimum allongées, et des conditions de revenus », a expliqué Yvette Cooper. Une meilleure maîtrise de l’anglais pourrait également être requise dans les nouveaux critères.

Car d’après la ministre, des « bandes criminelles » utiliseraient la promesse du regroupement familial pour « encourager davantage de personnes à embarquer pour de dangereuses traversées » vers l’Angleterre. Selon le ministère de l’Intérieur, quelque 21 000 visas au titre de la réunification familiale ont été accordés à des membres des familles de réfugiés entre juin 2024 et juin 2025, pour la grande majorité à des femmes et enfants. Cette hausse de 30% par rapport aux 12 mois précédents est imputée, selon le gouvernement, à un régime laxiste en terme d’asile ainsi qu’à une augmentation du nombre de réfugiés dans le pays.
Mais pour l’association Refugee Council, loin de faire baisser le nombre de demandes de regroupement familial des réfugiés, cette suspension poussera au contraire « davantage de gens désespérés dans les bras des passeurs ». « Jusqu’à présent, le regroupement familial était l’une des seules voies sûres et légales permettant aux réfugiés fuyant la guerre et les persécutions d’être rejoints par leurs conjoints et enfants », a souligné Enver Solomon, directeur de l’association.
Parmi les autres réformes prévues, un nouvel organisme, composé d’arbitres indépendants, et non plus de juges comme actuellement, sera créé pour traiter les recours en matière d’asile et accélérer la procédure. La ministre a également ajouté que les capacités de détention et de renvoi sont en cours d’augmentation.
Yvette Cooper a réitéré la volonté du gouvernement de mettre fin à l’hébergement des migrants arrivés de manière irrégulière dans des hôtels pendant le traitement de leur demande d’asile. Plus tôt dans la journée, le Premier ministre Keir Starmer indiquait lui aussi vouloir fermer tous les hôtels pour demandeurs d’asile avant 2029. « Je veux qu’ils soient vidés. La seule façon de les vider est de traiter les dossiers de manière ordonnée et systématique, aussi rapidement que possible, puis de renvoyer les personnes qui ne devraient pas être ici » a-t-il dit à la BBC.
Depuis mi-juillet, une forte tension s’exprime dans le pays : des manifestations anti-migrants et xénophobes ont éclaté dans plusieurs villes pour réclamer la fermeture de ces établissements.
Lutte renforcée pour restreindre l’immigration
La ministre de l’Intérieur a par ailleurs salué la série de mesures répressives adoptées par le gouvernement pour réduire l’immigration, notamment les efforts déployés par l’Agence nationale contre la criminalité (NCA) qui ont permis de démanteler 347 réseaux criminels liés à l’immigration en 2024-2025. Soit le niveau le plus élevé jamais enregistré et une augmentation de 40 % par rapport à l’année précédente. Les opérations, notamment la saisie de canots pneumatiques à la frontière bulgare, ont ainsi conduit à une baisse des traversées de la Manche en « small-boat » depuis les côtes françaises durant le mois d’août.
« Nous avons expulsé 35 000 personnes qui n’avaient pas le droit d’être ici, multiplié les descentes et réduit la facture hôtelière de près d’un milliard de livres sterling [environ un milliard et 150 millions d’euros, ndlr] au cours de l’année dernière », a dit Yvette Cooper.
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Elle s’est aussi félicité du nouveau traité signé en août entre Paris et Londres. Ce projet pilote, sur le principe “un pour un”, prévoit le renvoi en France d’un migrant arrivant au Royaume-Uni par « small boat », en échange de quoi Londres s’engage à accepter un migrant se trouvant en France et exprimant sa volonté de demander l’asile. Elle a indiqué que les premières détentions avaient eu lieu dès le lendemain à l’arrivée des migrants à Douvres. Les premiers renvois devraient débuter au plus tard courant septembre, ajoutant que côté britannique, l’examen des premières demandes de migrants se trouvant en France et souhaitant s’installer au Royaume-Uni était en cours.
Plus de 111 000 personnes ont demandé l’asile au Royaume-Uni entre juin 2024 et juin 2025, le nombre le plus élevé jamais enregistré depuis le début des statistiques en 2001, selon les dernières données du Home Office. Plus de 50 000 migrants sont arrivés au Royaume-Uni en traversant la Manche depuis que le travailliste Keir Starmer est devenu premier ministre, en juillet 2024.
Sources: infomigrants




