Grèce : plus de 700 migrants débarquent en Crète en deux jours

En seulement deux jours, mercredi et jeudi, plus de 700 migrants sont arrivés en Crète et sur la petite île de Gavdos après avoir été secourus en mer par les gardes-côtes grecs. La route de Tobrouk, qui mène de cette ville de l’est libyen à la Crète, s’est considérablement développée l’an dernier : près de 20 000 personnes ont débarqué sur cette île grecque, contre un peu plus de 5 000 en 2024. Soit une hausse de 200 %.
Les derniers jours ont été chargés au large de la Crète et de sa voisine, la petite île de Gavdos. Entre mercredi 27 et jeudi 28 mai, plus de 700 migrants sont arrivés sur ces deux îles grecques après avoir été secourus en mer, selon des communiqués des gardes-côtes grecs.
Mercredi, quatre opérations ont permis de porter assistance à 165 personnes. Et pour la seule journée de jeudi, 611 exilés ont été pris en charge par les autorités grecques au cours de 13 opérations de sauvetage.
À leur arrivée au port, les migrants ont été envoyés dans des structures temporaires de Crète, en attendant leur transfert vers le continent. L’île ne dispose en effet pas de structures d’accueil. Ainsi, les exilés qui viennent de débarquer ne passent que quelques nuits en Crète avant d’être rapidement transférés en Grèce continentale.
Le gouvernement grec a annoncé en début d’année l’ouverture de trois centres d’accueil en Crète : deux temporaires et un permanent. Dans ces trois nouveaux sites, les autorités procéderont à un examen de la situation du demandeur d’asile. Les personnes dont la demande de protection a peu de chances d’aboutir, selon les critères d’Athènes, seront transférées dans des centres de détention en attendant le traitement accéléré de leur dossier, puis leur éventuelle expulsion du territoire grec. Les autres seront prises en charge dans le système d’accueil classique des demandeurs d’asile.
Hausse de 200 % des arrivées en 2025
Depuis l’an dernier, les arrivées de migrants ont explosé en Crète. En 2025, près de 20 000 exilés sont arrivés sur l’île et sur sa voisine Gavdos, contre un peu plus de 5 000 en 2024. Soit une hausse de plus de 200 %.
Pour atteindre la Crète, les exilés partent de la ville de Tobrouk, à l’est de la Libye. La route dite de Tobrouk s’est largement développée l’année dernière au dépend de celle passant de la Turquie vers les îles de la mer Égée. En 2024, 78 % des arrivées en Grèce se faisait via les îles de la mer Égée, et seulement 8 % via la Crète. Alors qu’en 2025, 44 % des migrants sont arrivés en Grèce via la Turquie et 40 % en partant de Libye, selon le ministre.

Et l’année 2026 semble suivre la même tendance : depuis le 1er janvier, environ 5 000 personnes ont débarqué en Crète – un chiffre stable par rapport à l’an dernier à la même période. En comparaison, près de 3 000 migrants ont débarqué sur les îles de la mer Égée depuis le 1er janvier 2026, selon les chiffres du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).
La route de Tobrouk reste particulièrement dangereuse. Environ 300 km séparent la ville de l’est libyen à la Crète et aucun navire humanitaire ne sillonne la zone, trop vaste. Fin mars, 22 exilés sont morts durant cette traversée de la Méditerranée après six jours d’errance en mer. Leurs corps « ont été jetés à la mer sur ordre d’un des passeurs », selon les gardes-côtes grecs. Seules 26 personnes du même canot ont pu être secourues.
Pendant le voyage, « les passagers ont perdu leur orientation et sont restés en mer pendant six jours sans eau ni nourriture », toujours d’après la garde-côtière. Les 48 personnes à avoir pris place dans l’embarcation ont en outre subi « des conditions météorologiques défavorables » qui, ajoutées au manque de vivres et d’eau douce, « a entraîné la mort par épuisement de 22 personnes ».
A lire aussi
Grèce : en 2025, la hausse des arrivées de migrants en Crète a entraîné une multiplication des procès pour trafic
Début mars, quatre migrants sont morts et 26 autres sont portés disparus après un « accident de bateau » en Méditerranée, au sud de la Crète, avait annoncé le HCR.
Fin février, quatre autres exilés avaient déjà péri entre la Libye et la Crète. Les gardes-côtes grecs avaient repêché le 21 février les dépouilles de trois hommes égyptiens et celle d’une femme soudanaise après le naufrage de leur embarcation. Par ailleurs, au moins 30 personnes sont portées disparues. Le canot transportait 50 migrants, dont 21 Égyptiens, d’après le ministère égyptien des Affaires étrangères.
Des mesures pour tenter d’enrayer le phénomène
Face à la hausse des arrivées, le gouvernement grec a pris plusieurs mesures pour tenter d’enrayer le phénomène.
En juillet 2025, Athènes a annoncé qu’elle allait déployer trois navires de guerre au large des eaux libyennes, pour stopper les embarcations de migrants en route vers la Grèce. En août, les autorités ont décidé de suspendre pour trois mois le traitement des demandes d’asile des personnes arrivant en bateaux depuis l’Afrique du Nord. Mi-octobre, l’enregistrement des dossiers a finalement repris.

En septembre 2025, le gouvernement a aussi voté une loi criminalisant les migrants. Le séjour irrégulier n’est plus une irrégularité administrative mais un délit pénal. Les étrangers restés sur le territoire grec après le rejet de leur demande d’asile risquent une peine de deux à cinq ans de prison, et une amende de 10 000 euros.
Le 12 mai dernier, les autorités ont a par ailleurs annoncé un projet de loi sur la mise en œuvre dans le pays du Pacte européen sur l’asile et la migration, qui doit entrer en vigueur au sein de l’Union européenne (UE) le 12 juin. Le texte prévoit de renforcer les frontières et d’accélérer les procédures d’asile et d’expulsion, notamment en triant les migrants en fonction de leur profil, s’ils peuvent prétendre ou non à l’asile selon leur pays d’origine.
Le gouvernement vise particulièrement les ressortissants d’Égypte, du Pakistan et du Bangladesh, nombreux à atteindre la Crète depuis la Libye. « La plupart [de ces personnes] n’ont pas le droit à l’asile », avait affirmé le ministre grec des Migrations Thanos Plevris, en février. La Grèce est par ailleurs en pourparlers avec ces trois États pour faciliter le retour de ces migrants dans leur pays d’origine, et entend créer prochainement, avec d’autres pays européens, un centre de retour dans un pays tiers hors de l’UE.
Sources: Infomigrants




