Une mère et son enfant de 10 ans atteignent Ceuta à la nage

Une mère et son enfant de 10 ans sont parvenus à atteindre à la nage l’enclave espagnole de Ceuta, dimanche. Cette scène saisissante reflète le désespoir d’une partie de la population marocaine dans un pays où le taux de chômage s’élève à 13,3%, et où 36% des 15-24 ans sont sans emploi.
La scène a ému les habitants de Ceuta. Dimanche 12 octobre, une mère et son fils de 10 ans ont pris la mer depuis la ville de Fnideq, au Maroc, afin de rejoindre l’enclave espagnole à la nage, rapporte El Faro de Ceuta. Une vidéo diffusée par les médias locaux montre un jeune garçon se tenir fermement à une planche dans une mer agitée, sa mère à ses côtés. Les deux semblent épuisés, après des heures à lutter contre les vagues avec pour seul accessoire une combinaison de plongée et des palmes.
Sous le regard médusé des personnes présentes sur la plage, la mère et son fils parviennent à atteindre le rivage, où ils sont immédiatement pris en charge par la Garde civile espagnole. À leur arrivée sur le sable, leur visage laisse entrevoir la peur qu’ils ont dû ressentir tout au long de cette périlleuse traversée qui aurait pu être dramatique.
La mère et son enfant ont ensuite été emmenés à l’hôpital pour un examen médical, puis ont été orientés vers le CETI, le centre d’accueil de la ville.
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Face au renforcement des contrôles près des barbelés séparant Ceuta du Maroc, les migrants tentent désormais d’entrer sur le territoire espagnole à la nage. Mais la distance qui sépare l’enclave espagnole du territoire marocain a beau être courte, le trajet n’en est pas moins risqué. Les forts courants et les rochers le long du rivage rendent le parcours particulièrement dangereux. « [La traversée] était très difficile, il faut être un bon nageur pour y parvenir (…) J’ai eu beaucoup de difficultés car la mer était très agitée et elle vous emporte vers les rochers. Personne ne peut comprendre, sauf ceux qui ont déjà essayé », avait témoigné l’an dernier Chaimae El Grini, une Marocaine de 19 ans, qui documente frénétiquement son voyage sur les réseaux sociaux.
Depuis le début de l’année, au moins 30 personnes sont décédées en tentant de rejoindre à la nage l’enclave espagnole depuis le Maroc.
Les femmes de plus en plus nombreuses sur cette route migratoire
Ces traversées illustrent le désespoir d’une partie de la population marocaine, dans un pays où le taux de chômage s’élève à 13,3%, et où 36% des 15-24 ans sont sans emploi. Depuis fin septembre, le Maroc est le théâtre d’une contestation sociale inédite par son ampleur. À l’appel du collectif GenZ 212, des centaines de jeunes manifestent pour réclamer davantage d’investissements dans la santé, l’éducation, mais aussi des conditions de vie dignes.
Dans ce contexte, beaucoup se découragent et espèrent se construire un avenir en dehors de chez eux, dans un pays européen notamment. A l’instar de leur compatriotes masculins, les jeunes femmes sont de plus en plus nombreuses à vouloir fuir le Maroc. Mais leur voyage interroge la société marocaine. « Ces actes bousculent les représentations sociales car l’endurance et la force – nécessaires pour nager jusqu’aux rives espagnoles – sont des qualités généralement attribuées aux hommes dans la société marocaine », avait analysé pour InfoMigrants le mois dernier le chercheur Ali Zoubeidi. « Mais en franchissant cette barrière à la nage seules, elles prouvent qu’elles sont aussi capables de le faire, au même titre que les hommes. Une femme qui prend son avenir en mains, cela choque l’opinion. »
Sources: infomigrants




