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Maroc : 21 corps de migrants retrouvés à la frontière algérienne fin 2025, selon une ONG, un « record »

Selon l’association marocaine des droits humains (AMDH), 21 corps de migrants subsahariens ont été retrouvés dans la zone frontalière avec l’Algérie entre le 27 novembre et le 31 décembre 2025. « Un bilan très lourd jamais enregistré auparavant au niveau de cette frontière », note l’association dans un rapport.

Selon un rapport de l’association marocaine des droits humains (AMDH), une « tragédie » migratoire se déroule à la frontière entre le Maroc et l’Algérie. Entre le 27 novembre et le 31 décembre 2025, 21 dépouilles de migrants subsahariens ont été retrouvées dans cette zone frontalière.

C’est un bilan « très lourd jamais enregistré auparavant au niveau de cette frontière » écrit encore en rouge l’AMDH dans son rapport. Les victimes sont originaires de Guinée-Conakry, du Cameroun et du Nigeria.

Des autopsies ont été réalisées sur certains corps « mais les autorités [marocaines] ont refusé de nous donner des copies des rapports », précise Omar Naji de l’AMDH, joint par InfoMigrants.

Pour l’association, les causes de décès sont multifactorielles : la militarisation de la zone rend les passages clandestins plus « dangereux », les déplacements de nuit entraînant des chutes sur des routes accidentées et « méconnues » des migrants. L’association évoque aussi le froid, « l’impossibilité d’allumer des feux pour se réchauffer », et la présence d’un fossé « profond de 4,5 mètres de large sur 4 mètres de profondeur », côté algérien.

« Les migrants [tombent dans ce fossé parce qu’ils] se déplacent la nuit dans l’obscurité totale [pour essayer de franchir la frontière], ils ne peuvent même pas allumer les lampes de leur téléphones portables pour ne pas être repérés par les militaires », expliquait le mois dernier Omar Naji.

Et faute de secours dans la zone, de nombreuses vies « n’ont pas été sauvées à temps » précise encore le rapport.

Les familles restent, dans la plupart des cas, non informées des décès de leurs proches, déplore l’AMDH. « Non identifiés, [les corps] sont généralement enterrés anonymement au cimetière de Jerada [au sud d’Oujda] dans des tombes […] portant uniquement un numéro de série comme il a été constaté par les membres d’AMDH Oujda qui ont assisté aux enterrements. »

« Blessure graves »

Selon des témoignages recueillis par l’association, « la plupart des cadavres portaient des blessures graves au niveau des membres, du ventre et de la tête et deux d’entre eux étaient dans un état de dégradation avancée à cause de leur long séjour en foret probablement dévorés par des sangliers ou des chiens errants ».

Contactées par InfoMigrants, les autorités marocaines n’ont pas répondu à nos sollicitations.

Crédit : Google maps
Crédit : Google maps

« En cette période de l’année, on enregistre régulièrement des décès dans cette zone causés par la fatigue, le froid, la faim ou les chutes dans les montagnes », expliquait aussi le mois dernier Hassan Ammari, interrogé par InfoMigrants. Dans cette région, les températures peuvent descendre jusqu’à -5°C entre la mi-novembre et la fin janvier alors que de nombreux migrants ne disposent que de vêtements légers.

Au bout de quelques jours sans nourriture et avec peu d’eau, les exilés se fatiguent et n’ont parfois plus la force de bouger. Certaines finissent donc par mourir de froid ou de faim.

Présence de trafiquants

Les migrants d’Afrique subsaharienne traversent généralement cette frontière depuis l’Algérie pour tenter d’entrer au Maroc et continuer leur chemin vers l’Espagne. Sur cette route migratoire, beaucoup se retrouvent aussi piégés par des trafiquants. Ils sont kidnappés, rançonnés.

« Les migrants sont séquestrés, mains ligotées, interdits de sortir, torturés après avoir saisis tout ce qu’ils possédaient (argent, téléphone…). Par la suite, chaque migrant est filmé dans cet état de détresse. La vidéo enregistrée est envoyée à sa famille (qui peut être dans le pays d’origine ou en Europe) pour demander une rançon de 500 euros contre sa libération », peut-on lire dans le rapport.

Les femmes subissent elles aussi des exactions. « Elles subissent d’autres violations par les chefs de ces bandes criminelles qui les exploitent sexuellement pendant des années et bloquent leur projet de migration ».

En décembre 2022, sept migrants subsahariens avaient déjà été retrouvés morts dans la même zone de Ras Asfour près de la ville d’Oujda, au nord-est du Maroc. Quelques jours plus tard, le 21 décembre, le cadavre d’un jeune homme âgé de 20 à 25 ans était découvert au même endroit, rapporte l’agence de presse espagnole EFE.

En 2021, Driss Elaoula, membre de la plateforme Alarm Phone, avait aussi retrouvé au fond d’un de ces fossés le corps d’une jeune Camerounaise, « congelée ». Depuis 2017, plus de 76 décès ont été recensés dans cette zone, selon l’Association d’aide aux migrants en situation vulnérable (AMSV), basée à Oujda, ville proche de la frontière algérienne, parmi lesquels des migrants aussi originaires du Tchad et du Soudan.

Sources: Infomigrants

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