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Méditerranée : passe d’armes entre l’Italie et le navire humanitaire Sea Watch 5 pour le débarquement de migrants secourus en mer

Le navire humanitaire Sea Watch 5 a désobéi aux ordres italiens lui demandant de débarquer les 57 migrants secourus en mer au port de Marina di Carrara, à 1 000 km de la zone de recherche et de sauvetage (SAR zone). Après plusieurs heures de bras de fer, l’ONG allemande a finalement pu accoster à Trapani, en Sicile.

« On l’a fait ! ». Sur son compte X, l’ONG Sea-Watch s’est réjoui d’avoir pu débarquer, mercredi 18 mars, les 57 migrants secourus quelques jours plus tôt en Méditerranée. Son navire humanitaire, le Sea Watch 5, avait désobéi aux ordres italiens lui demandant de parcourir plus de 1 100 km pour rejoindre le port de Marina di Carrara, dans le nord de l’Italie.

« Nous ne mettrons pas en danger la santé des 57 survivants (…) Trapani est seulement à 50 km », de leur dernière position, avait expliqué Sea-Watch. Les migrants souffraient du mal de mer et de brûlures causées par le mélange de carburant et d’eau salée dans le canot. L’ONG avait ainsi réclamé « des soins médicaux immédiats pour prévenir les infections et une possible septicémie ». Une femme enceinte se trouvait également sur le navire humanitaire.

« Compte tenu de l’urgence médicale aigüe, (…) se rendre à Trapani est la seule option pour protéger le droit fondamental des 57 survivants et empêcher une nouvelle aggravation de la crise sanitaire à bord », a martelé Sea-Watch.

Le navire humanitaire a été retenu plusieurs heures devant le port sicilien après avoir finalement reçu l’autorisation d’accoster. Mais ce passage en force leur vaudra certainement une sanction. « Nous nous attendons à être détenus illégalement », ont déclaré les humanitaires sur X.

Entrave aux activités des ONG

Depuis l’entrée en vigueur fin 2023 du décret Piantedosi, du nom du ministre de l’Intérieur, les ONG ne peuvent effectuer qu’un seul sauvetage en mer et se voient attribuer des ports très éloignés de la zone de recherche (SAR zone). Régulièrement, les ONG écopent d’amende et de plusieurs jours d’immobilisation dans un port italien. « Trop, c’est trop, nous en avons assez de la dissuasion de l’Italie et de l’UE », a tancé l’ONG.

Depuis son arrivée au pouvoir, Giorgia Meloni et son gouvernement s’efforcent de limiter les activités des embarcations de sauvetage de migrants en Méditerranée. En février, les autorités italiennes ont approuvé un nouveau projet de loi durcissant davantage les règles sur l’immigration. Parmi elles, figure l’instauration d’un « blocus maritime » qui permettrait notamment à l’Italie d’interdire provisoirement les arrivées de migrants par la mer.

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Concrètement, cela signifie que « sur décision du Conseil des ministres, l’accès aux eaux territoriales peut être interdit aux navires [d’ONG] qui constituent une menace pour la sécurité nationale pour une durée maximale de 30 jours, renouvelable jusqu’à six mois », écrivait le journal La Repubblica.

Les navires humanitaires qui forceraient le blocus et ne respecteraient pas l’ordre d’arrêt s’exposent à des amendes pouvant atteindre 50 000 euros. « En cas de violations répétées de l’interdiction, le navire sera d’abord saisi, puis confisqué. Les migrants à bord, considérés comme demandeurs d’asile, pourront être transférés vers des pays tiers sûrs avec lesquels l’Italie a conclu des accords, notamment l’Albanie, afin d’y régulariser leur situation », précise encore le journal italien.

Record de morts en Méditerranée

Toutefois, le projet de loi ne précise pas comment exactement les navires des ONG seront empêchés de traverser les eaux italiennes, ni par qui. SOS Humanity, Sea-Watch, Mediterranea Saving Humans et Médecins sans frontières (MSF) ont déclaré que ce projet de loi n’avait pas pour but de réguler les flux migratoires, « mais de cibler et de bloquer les navires humanitaires, ce qui aura pour conséquence d’augmenter le nombre de personnes qui perdent la vie en mer ».

Et en 2026, le nombre de morts bat déjà des records. Depuis le début de l’année, au moins 682 migrants ont péri en Méditerranée en tentant d’atteindre les côtes européennes, selon les chiffres de l’Organisation internationale des migrations (OIM).

Ce chiffre n’avait jamais été atteint aussi tôt dans l’année depuis le début des recensements de l’agence onusienne, en 2014. En 2025 à la même période, l’OIM avait comptabilisé 390 décès dans cette zone maritime, et 574 en 2024. À la même période en 2016, année la plus mortelle en Méditerranée (avec plus de 5 000 morts sur l’ensemble de l’année), l’organisation avait recensé 545 migrants morts.

Sources : Infomigrants

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