Nord de la France : quatre migrants meurent lors d’une tentative de traversée de la Manche

Selon la préfecture du Pas-de-Calais, quatre exilés ont perdu la vie jeudi matin en tentant de monter dans une embarcation, « emportés » par les courants, au sud de Boulogne-sur-Mer. Trente-sept autres migrants ont été pris en charge par les secours français.
Une tentative de traversée de la Manche a viré au drame sur le littoral du nord de la France. Jeudi 9 avril au matin, deux hommes et deux femmes sont décédés alors qu’ils « tentaient de monter à bord d’un taxi-boat », a annoncé le préfet du Pas-de-Calais François-Xavier Lauch lors d’un point presse. « Les courants, qui peuvent être dangereux, les ont emportés » dans le secteur d’Equihen-Plage, à quelques kilomètres au sud de Boulogne-sur-Mer, précise-t-il, soulignant que ce bilan est encore « provisoire ».
Les quatre personnes décédées sont des adultes, mais les nationalités des victimes ne sont pas encore connues dans l’immédiat, ajoute la procureure de Boulogne-sur-Mer, Cécile Gressier.
Selon le préfet, une personne a été récupérée en urgence relative, « frappée d’hypothermie », et 37 autres personnes ont été prises en charge par les secours. Parmi eux, deux enfants ont été « conduits à l’hôpital par précaution », indique la préfecture du Pas-de-Calais dans un communiqué.
« Les services de l’État et les équipes de secours sont pleinement mobilisés », affirme encore la préfecture. Une équipe de l’AFP sur place a constaté un important déploiement de véhicules de pompiers, ainsi que des voitures de la gendarmerie, du Samu et de la protection civile. Les exilés ont été pris en charge sur la plage, recevant des couvertures de survie pour se réchauffer. Ils ont ensuite été transférés en bus vers un centre d’accueil.

« Il y a eu un départ raté » vers 7 heures du matin et une trentaine de migrants n’ayant pas pu embarquer dans le canot pneumatique se sont retrouvés « à l’eau », a rapporté plus tôt dans la matinée à l’AFP Christian Fourcroy, le maire de la commune d’Equihen-Plage, également présent sur place.
Le bateau, quant à lui, a toutefois « continué son chemin » avec « à peu près une trentaine de personnes » à bord, selon la procureure. « Les gendarmes ne sont pas intervenus pour empêcher le départ », souligne le préfet. Les passeurs sont responsables de ce drame, estime-t-il : « C’est le cœur de notre action que de démanteler les réseaux de passeurs ».
Le parquet de Boulogne-sur-Mer a ouvert une enquête, confiée à la gendarmerie maritime et à l’Office de lutte contre le trafic illicite de migrants (Oltim).
Utilisation des « taxi-boats » de plus en plus fréquente
La technique des « taxi-boats » consiste pour les passeurs à récupérer des candidats à l’exil directement dans l’eau. Ce procédé est de plus en plus utilisé sur les côtes du nord de la France pour éviter les interceptions terrestres par la police sur les plages.
« Il en résulte une augmentation considérable des risques encourus par les migrants, l’embarquement se faisant directement dans l’eau, dans des conditions toujours plus chaotiques« , soulignait la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du Nord (Prémar) il y a quelques mois. « On meurt plus au moment de l’embarcation, et moins en pleine mer », résumait aussi Salomé Bahri, coordinatrice de l’association Utopia 56 à Grande-Synthe, à InfoMigrants en 2024.

Ces derniers jours, plusieurs opérations de sauvetage ont par ailleurs été menées par les autorités françaises dans la Manche. Mercredi 8 avril, 102 candidats à l’exil vers l’Angleterre ont été secourus dans le détroit du Pas-de-Calais au cours de deux opérations distinctes, d’après la Prémar. Dans la nuit de mardi 31 mars à mercredi 1er avril, une centaine de migrants ont également été secourus en mer au cours de huit opérations différentes.
Dans le même temps, mardi, 137 migrants ont atteint les côtes britanniques à bord de deux embarcations, selon les chiffres du Home Office. Depuis le 1er janvier, près de 5 000 exilés ont rejoint le Royaume-Uni à bord de « small-boat ».
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Ces quatre décès surviennent seulement quelques jours après un autre drame sur le littoral nord. Deux migrants sont morts le 1er avril lors d’un de ces embarquements risqués, près de Gravelines. Il s’agissait des premiers décès de migrants en mer connus à la frontière franco-britannique depuis le début de l’année.
Angèle Vettorello, coordinatrice de l’association d’aide aux migrants Utopia 56 à Calais, a critiqué jeudi le « dimensionnement » du dispositif de sauvetage en mer déployé par l’État. « Quand on voit aujourd’hui que la plupart des décès à la frontière surviennent dans cette bande de 300 mètres en mer, il faut questionner ce dispositif de sauvetage. Est-ce qu’il est suffisant ? Est-ce qu’il y a assez de bateaux qui sont capables d’intervenir dans des zones avec du bas-fond ? Pour l’instant, on n’a pas l’impression que ce soit le cas », a-t-elle déclaré à l’AFP.
L’an dernier, au moins 29 migrants ont péri en mer en tentant de rejoindre le Royaume-Uni depuis la France, selon un décompte de l’AFP à partir de sources officielles.
« Chaque décès dans la Manche est une tragédie et un rappel brutal des dangers posés » par les réseaux de passeurs, a réagi jeudi le gouvernement britannique au sujet du drame d’Equihen-Plage, promettant aussi de « continuer de travailler sans relâche » avec la France pour lutter contre ces traversées clandestines.
Sources: Infomigrants




