Espagne : démantèlement d’un important réseau de passeurs entre l’Algérie et l’Union européenne

Un vaste réseau criminel de passeurs, présent dans plusieurs villes espagnoles, a été démantelé par la Garde civile espagnole et Europol en juin dernier. Les quatorze individus interpellés, Marocains et Algériens, sont soupçonnés d’avoir organisé des traversées clandestines de migrants entre l’Algérie et l’Espagne ainsi que d’avoir dépensé plus d’un million d’euros en bateaux et matériel maritime pour ce trafic.
Il s’agit d’un nouveau coup de filet considérable pour la Garde civile espagnole dans sa lutte contre les réseaux criminels de passeurs de migrants.
Un important réseau criminel qui organisait des traversées clandestines par bateaux depuis l’Algérie jusqu’en Espagne a été démantelé mi-juin par la Garde civile, a annoncé mercredi la police espagnole. L’agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol) a également collaboré à cette mission ainsi que les forces de police européennes, notamment la gendarmerie française et celle italienne.
Cette opération surnommée « Nautilita » avait débuté en mai dernier, lorsque la Garde civile avait découvert l’existence d’une organisation criminelle qui menait des activités spécialisées (stockage de carburant, acquisition de bateaux à grande vitesse, mise en place d’un réseau financier pouvant soutenir une organisation criminelle).
Après plusieurs mois d’enquêtes, des interventions policières se sont déroulées entre le 17 et le 19 juin, dans les villes espagnoles d’Almería, Nijar, Tabernas, Espartinas (Séville) et Alicante. Des perquisitions dans huit lieux différents (six maisons et deux locaux industriels) ont conduit à la saisie de 15 bateaux rapides (de 7.5 à 8 mètres) équipés de moteurs puissants, de matériel maritime et électronique, de moules de coques de bateaux, une centaine de bidons d’essence ainsi que de deux armes à feu. Plus de 68 000 euros en espèces ont également été trouvés sur les lieux.
Au total, quatorze suspects, originaires d’Algérie et du Maroc ont été interpellés. Huit autres personnes, appartenant à cette organisation criminelle, ont aussi été mises en examen par la Garde civile dans le cadre de cette opération. Ils sont accusés des délits présumés d’appartenance à une organisation criminelle, de blanchiment d’argent, d’atteinte aux droits des citoyens étrangers sous la forme d’aide à l’immigration clandestine, de contrebande et de détention illégale d’armes.
Un réseau très structuré
Dirigé par un ressortissant marocain, ce réseau était très structuré et disposait d’importantes ressources financières et logistiques. Son fonctionnement complexe s’appuyait sur des entreprises légales comme des entreprises nautiques ou des chantiers navals spécialisés dans la fabrication de bateaux qui leur fournissaient la logistique nécessaire à leur trafic et servaient de façade à leurs activités illicites à grande échelle pour ne pas éveiller les soupçons. Les enquêteurs ont pu constater que ces entreprises étaient localisées dans plusieurs provinces d’Espagne mais également avec des ramifications en France.
Les importants financements du réseau transitaient via le système du hawala (transfert d’argent, en arabe), une sorte de système financier parallèle, opaque et illégal.
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Pour maximiser l’organisation, le réseau était divisé en différentes branches afin de dispatcher les rôles entre les membres. Une cellule était en charge des investissements, une autre d’acquérir les bateaux et de s’occuper des dispositifs maritimes, une suivante d’accueillir les migrants en Espagne, d’autres membres de s’occuper de l’achat de l’essence, de la nourriture ou encore des systèmes de communication.
Les autorités policières soupçonnent les passeurs d’avoir investi plus d’un million d’euros dans l’acquisition et la fabrication de bateaux à grande vitesse – appelés Go Fast – et d’équipement maritime dans le but de favoriser et organiser des traversées illégales de migrants entre l’Algérie et l’Espagne.
Jusqu’à 7 000 euros la traversée
Les migrants devaient payer jusqu’à 7 000 euros chacun pour effectuer une traversée dangereuse entre ces deux pays, sur des bateaux artisanaux souvent surchargés et ne dépassant pas huit mètres. Une fois arrivés en Espagne, ils étaient transféré vers d’autres pays européens par le réseau.
Ce n’est pas la première opération d’envergure menée contre les réseaux de trafiquants opérant entre l’Algérie et l’Espagne. En août 2024 notamment, une opération conjointe entre la police espagnole et Europol avait déjà permis de démanteler un réseau de passeurs qui aurait permis d’introduire en Espagne un millier de migrants Algériens et Syriens partis d’Algérie à bord d’embarcations rapides.

La route algérienne – qui comprend les arrivées aux Baléares et sur la côte sud-est de l’Espagne -, de la Méditerranée occidentale connait un fort regain depuis le début de l’année, particulièrement au niveau des Baléares. Selon les autorités locales, cet archipel enregistre une hausse de 77% d’arrivées de migrants par rapport à l’année dernière.
Une situation qui s’accompagne aussi d’une augmentation inquiétante des naufrages, disparitions et décès lors de la traversée. Cela est particulièrement le cas pour la route des Baléares. « Les dangers de cette traversée (vers les Baléares) sont aussi plus importants (que les traversées vers le sud-est de l’Espagne) en raison des distances plus longues, mais aussi parce qu’il existe un risque élevé de perdre le cap et de se retrouver dans les zones les plus hostiles de la mer Méditerranée », estime l’ONG Caminando Fronteras.
Depuis le début de l’année, le nombre de corps retrouvés sur les côtes insulaires liés à l’immigration irrégulière a augmenté. Au 7 juillet, 37 corps avaient été localisés, dont 14 à Majorque, 2 à Minorque, 7 à Ibiza et 14 à Formentera, affirme la télévision locale IB3. En 2024, la route migratoire depuis l’Algérie vers l’Espagne a causé la mort de 328 personnes.
Sources: infomigrants




