Autriche : le regroupement familial suspendu pour six mois supplémentaires

Le Parlement autrichien a voté mercredi la prolongation pour six mois supplémentaires du regroupement familial pour les réfugiés statutaires et les bénéficiaires d’une protection subsidiaire. Il sera impossible pour ces personnes de faire venir leur famille. Cette décision repousse au plus tôt au 2 juillet 2026 une reprise possible d’étude de leur dossier.
« Par un amendement à la loi sur l’asile, le Conseil national [la chambre basse du Parlement, ndlr] avait adopté ce printemps un cadre juridique instaurant un moratoire temporaire sur le regroupement familial des réfugiés statutaires. Le règlement nécessaire est entré en vigueur le 3 juillet 2025 et est prolongé de six mois, jusqu’au 2 juillet 2026. » Ainsi commence le communiqué publié mercredi 17 décembre sur le site du Parlement autrichien.
En clair, les réfugiés statutaires et les personnes sous protection subsidiaire ne pourront pas faire venir leur famille (femmes et enfants généralement) aux cours des six prochains mois, jusqu’en juillet, sauf cas exceptionnels. Les demandeurs d’asile, dont le dossier est en cours de traitement, ne sont pas non plus autorisés à faire venir leurs proches pendant cette période.
Concrètement, déposer un dossier de regroupement familial sera possible mais ce dernier restera lettre morte, aussi longtemps que le décret sera en vigueur.
Selon le Parlement autrichien, cette prolongation se justifie par le fait « que le système éducatif autrichien et d’autres services », comme les centres d’hébergement « sont surchargés », lit-on encore dans le communiqué. Le regroupement familial mettrait ainsi « en péril l’ordre public et la sécurité intérieure ».
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Les députés autrichiens de la coalition (ÖVP, conservateurs, SPÖ, sociaux-démocrates, et NEOS, libéraux) ont appuyé le renouvellement de cette suspension. De son côté, le FPÖ (extrême droite) a soutenu la motion tout en réclamant des expulsions plus rapides. Les Verts, eux, ont accusé le gouvernement autrichien de « manipuler les droits humains à des fins politiques ».
Les mêmes arguments de la surcharge du système éducatif avait déjà été avancés lors de la première suspension du regroupement familial en avril 2025. « Nous avons atteint les limites de nos capacités d’accueil », avait affirmé fin mars la ministre de l’Intégration Claudia Plakolm, de l’ÖVP.
Les Syriens, nationalité ciblée par l’extrême droite autrichienne
Dès son arrivée au pouvoir en mars dernier, la nouvelle coalition autrichienne – composée du parti ÖVP, des sociaux-démocrates de centre-gauche (SPÖ) et du parti libéral Neos – annonçait sa volonté de faire passer un tel projet. Si le parti d’extrême droite FPÖ a échoué à former une coalition, il reste de très loin le premier parti du pays dans les sondages, après avoir signé une victoire historique aux législatives fin septembre. Le chancelier conservateur Christian Stocker au pouvoir depuis début mars est donc sous pression pour maintenir une ligne dure.
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L’an dernier, le nombre de personnes arrivées en Autriche au titre du regroupement familial était en baisse : on comptait près de 7 800 personnes en 2024, contre 9 300 en 2023.
Le regroupement familial est une politique encadrée et garantie par le droit européen sur l’asile et l’immigration. Et cette suspension ne peut devenir définitive sans une validation de l’Union européenne. Le chancelier autrichien avait donc adressé une lettre à la Commission européenne sur le sujet début mars, en invoquant la « clause d’urgence » de l’UE, selon laquelle le droit national peut exceptionnellement primer sur le droit européen en cas de menace pour l’ordre public et la sécurité intérieure.
Depuis 2015, environ 85 000 Syriens – première nationalité à demander une protection dans le pays – ont reçu une réponse positive à leur demande d’asile dans ce pays de neuf millions d’habitants. Mais après la chute du président Bachar al-Assad en décembre 2024, le débat sur leur accueil a ressurgi en Autriche, comme partout en Europe. Il y a un an, Vienne a même offert la somme de mille euros aux Syriens acceptant de repartir dans leur pays, après une annonce de l’ex-chancelier Karl Nehammer.
L’Autriche avait, à l’instar d’autres pays européens, suspendu l’examen des demandes d’asile de Syriens en décembre 2024. Le pays a également été le premier à reprendre les expulsions de réfugiés vers la Syrie. Un Syrien de 32 ans, arrivé en Autriche en 2013 et condamné à sept ans de prison en 2018, a été expulsé vers son pays d’origine début juillet.
Sources: infomigrants




