Les Égyptiens, première nationalité africaine à rejoindre illégalement les côtes européennes en 2025

Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’agence des gardes-côtes européenne Frontex, les ressortissants égyptiens sont devenus, en 2025, la première nationalité africaine à atteindre clandestinement les côtes européennes, notamment la Crète et l’Italie. Selon les statistiques publiées, les Bangladais et les Afghans font aussi partie des nationalités les plus représentées parmi les arrivées sur le Vieux continent.
Le Haut-commissariat des réfugiés aux Nations unies (HCR) a comptabilisé 9 000 migrants égyptiens ayant rejoint les côtes italiennes, et 7 000 les côtes grecques – notamment crétoises – en 2025. Au total, donc, 16 000 ressortissants de ce pays d’Afrique du Nord ont atteint clandestinement le Vieux continent via la Méditerranée, ce qui place les Égyptiens à la première place des nationalités africaines à atteindre illégalement l’Union européenne (UE).
Frontex, l’agence européenne des gardes-côtes, a fait le même constat. « Selon les dernières statistiques pour les 11 premiers mois de 2025, le nombre total de passages frontaliers irréguliers par des ressortissants égyptiens s’élevait à 17 200 », précise l’agence à infoMigrants.
Et de poursuivre. « Malgré le renforcement des contrôles aux frontières et le démantèlement réussi des opérations de trafic le long du littoral égyptien, les ressortissants de ce pays continuent d’être parmi les plus fréquemment détectés aux frontières extérieures de l’UE, occupant actuellement la deuxième place après le Bangladesh ».
« Réseaux de trafics bien organisés »
Dans un communiqué officiel, Frontex précise aussi qu’outre les Bangladais et les Égyptiens, les Afghans font partie des « nationalités les plus fréquemment signalées [toutes routes migratoires confondues vers l’Europe] ».

Pour atteindre l’Europe, les Égyptiens ont emprunté les deux principales routes de la Méditerranée centrale : celle qui mène aux côtes italiennes et notamment à Lampedusa, et la « route de Tobrouk », qui relie la Libye à la Crète.
« Plusieurs facteurs semblent être à l’origine de ce mouvement continu [d’Égyptiens] vers l’extérieur [de leur pays]. Il s’agit notamment de la proximité de l’Égypte avec la Libye et de la persistance de réseaux de trafic bien organisés le long des routes migratoires libyennes », explique encore Frontex à InfoMigrants.
La « route de Tobrouk », partant de l’est de la Libye vers la Crète, se trouve en effet à moins de 130 kilomètres de la frontière égyptienne.
« Marché de l’emploi difficile aggravé par les conflits à Gaza et au Soudan »
Pour Frontex, cet exode égyptien s’explique aussi en raison de « pressions économiques et d’un marché de l’emploi difficile, aggravé par les répercussions régionales des conflits à Gaza et au Soudan ».
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Les Égyptiens fuient, depuis des années, la pauvreté et le chômage de leur pays – où « les salaires réels [sont] au plus bas depuis 30 ans, [le] taux de pauvreté multiplié par deux en 20 ans », écrit aussi le gouvernement français dans une note de Bercy d’avril 2025.

Ce n’est pas la première fois, donc, que les Égyptiens quittent leur pays pour l’Europe. En 2022, il y avait déjà eu une « une augmentation spectaculaire » des arrivées depuis ce pays, des mots même de la Commission européenne. Un peu plus de 4 000 Égyptiens avaient débarqué sur les côtes italiennes au premier semestre 2022, soit trois fois plus que l’année précédente à la même période.
Liberté d’expression menacée
Cette année-là, la guerre en Ukraine avait été le coup de grâce dans une économie déjà moribonde. Car avant l’offensive russe, l’Égypte était l’un des principaux clients de Kiev, qui lui fournissait près de 30 % de ses importations de blé. Les 60 % restants étaient assurés par la Russie.
Hormis l’insécurité économique, l’exode des Égyptiens peut aussi s’expliquer par la répression politique qui sévit dans le pays dirigé par Abdel Fattah al-Sissi depuis 2014. « Les autorités égyptiennes continuent de réprimer les critiques, d’étouffer la société civile », peut-on lire dans un rapport d’Amnesty international en 2024.
« Elles ont procédé à des arrestations collectives […] Parmi les personnes visées figuraient des journalistes, des avocat·e·s, des manifestant·e·s, des dissident·e·s, des personnalités politiques de l’opposition ainsi que des hommes et des femmes qui critiquaient le bilan des autorités en matière de droits humains et la gestion de la crise économique par les pouvoirs publics ».
Même virulence de Human Rights Watch (HRW) à l’égard du régime égyptien. « Depuis qu’il a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 2013 et qu’il est devenu président en 2014, Abdel Fattah al-Sissi dirige l’Égypte d’une main de fer. Son gouvernement […] a emprisonné et torturé des milliers de détracteurs et d’opposants présumés, les maintenant souvent en détention provisoire prolongée ou les condamnant à l’issue de procès manifestement inéquitables », peut-on lire dans un communiqué de l’ONG de mars 2024. Les médias indépendants et la société civile ont été étouffés, et le pouvoir judiciaire acquiesce de manière obéissante à la répression gouvernementale ».
Sources: infomigrants




