Au Royaume-Uni, un site militaire accueille 27 demandeurs d’asile, une première sous le gouvernement de Keir Starmer

Depuis jeudi, 27 hommes en demande d’asile au Royaume-Uni sont hébergés dans les baraques du site militaire de Crowborough, dans le sud du pays. Il s’agit de la première vague de placement de demandeurs d’asile dans ce type de site. Depuis l’été 2025, le gouvernement de Keir Starmer promet d’utiliser d’anciennes casernes militaires pour sortir les demandeurs d’asile des hôtels, malgré les contestations des défenseurs des droits humains et de la population locale.
« Ce n’est qu’un début ». C’est ce qu’a déclaré la ministre britannique de l’Intérieur Shabana Mahmood, jeudi 22 janvier, alors que 27 premiers demandeurs d’asile (tous des hommes) étaient envoyés dans le site militaire de Crowborough, dans le sud du Royaume-Uni, pour y être hébergés le temps de l’examen de leur dossier.
Ces demandeurs d’asile sont les premiers à être accueillis dans ce type d’hébergements depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement travailliste de Keir Starmer à l’été 2024. Les autorités britanniques souhaitent généraliser le logement des demandeurs d’asile dans ce type d’hébergements.
Selon un communiqué du gouvernement cité par The Guardian, jusqu’à 500 personnes devraient être hébergées au cours des prochains mois sur le site de Crowborough. « Il s’agit de l’un des deux camps militaires identifiés par les ministres pour accueillir 900 personnes [en tout nldr], l’autre se trouvant à Inverness », précise le quotidien britannique.
Plus de 30 000 demandeurs d’asile hébergés en hôtels
L’hébergement des demandeurs d’asile sur des sites militaires est censé pallier l’utilisation d’hôtels. Environ 32 000 demandeurs d’asile (soit 30 % des demandeurs d’asile présents au Royaume-Uni) sont aujourd’hui hébergés dans quelque 200 hôtels. Mais le nombre a déjà été bien plus important. En 2023, durant la mandature du Premier ministre conservateur, Rishi Sunak, quelque 400 hôtels hébergeaient plus de 55 000 demandeurs d’asile.
Le gouvernement britannique « s’est retrouvé confronté à un fort besoin d’hébergement d’urgence à partir de 2020 », expliquait à InfoMigrants Sophie Watt, chercheuse spécialiste des migrations à l’université de Sheffield, en septembre dernier. Cette année-là, le phénomène des traversées de la Manche en « small boats » qui a débuté en 2018, est en pleine progression et les chiffres des arrivées irrégulières au Royaume-Uni grimpent rapidement.
« À la fin du premier trimestre 2020, seuls 5 % des demandeurs d’asile étaient hébergés dans des logements d’urgence, mais au 31 mars 2025, près d’un tiers d’entre eux séjournaient dans ce type d’établissements, principalement des hôtels », notait, de son côté, The Migration Observatory (un département de recherche de l’université d’Oxford) dans un rapport consacré au sujet publié en août.
Vague de manifestations
L’hébergement en hôtels des demandeurs d’asile est revenu sur le devant de la scène politique durant l’été 2025, lorsque d’importantes manifestations ont secoué le Royaume-Uni à la site de l’agression d’une jeune fille par un demandeur d’asile hébergé dans un hôtel, à Epping près de Londres. Pour tenter de calmer les manifestants, le gouvernement a promis de mettre un terme à l’hébergement en hôtel des demandeurs d’asile qui a fortement progressé dans le pays depuis 2020. L’hébergement sur des sites militaires est présenté depuis le début par le gouvernement comme la meilleure solution pour vider les hôtels des demandeurs d’asile d’ici 2029.
« L’immigration clandestine exerce une pression considérable sur les communautés. C’est pourquoi nous supprimons les incitations qui attirent les migrants clandestins en Grande-Bretagne, en fermant les hôtels pour demandeurs d’asile qui nuisent aux communautés. Crowborough n’est qu’un début. Je vais fermer tous les hôtels pour demandeurs d’asile les uns après les autres jusqu’à ce qu’ils soient tous fermés et rendus aux communautés locales », a ainsi déclaré jeudi Shabana Mahmood dans un message posté sur son compte X.
Mais ce changement de stratégie pour héberger les demandeurs d’asile ne convint pas une grande part de la population britannique, tant parmi les défenseurs des droits des migrants que chez les Britanniques qui s’opposent à leur accueil près de leur lieu de vie.
« C’est une nouvelle catastrophe annoncée. Grâce à notre travail à Wethersfield et Napier, nous savons à quel point ces camps sont néfastes pour la santé mentale des personnes. La nature physique de ces sites isole les personnes et les traumatise à nouveau », a dénoncé l’organisation d’aide aux migrants Care4Calais auprès de la BBC, faisant référence aux deux sites militaires utilisés comme centre d’hébergement sous les précédents gouvernements.
Les deux sites avaient fait l’objet de nombreuses critiques de la part d’ONG. Dans un rapport publié en mai 2025 sur le site de Wetherfield, Médecins sans frontières et Doctors of the world avaient appelé à sa fermeture.
Opposition des habitants
Au niveau local, l’annonce passe mal également. Une pétition a été lancée contre l’hébergement de demandeurs d’asile dans le site militaire de Crowboroug et un groupe d’habitants a « intenté une action en justice contre le gouvernement » à ce sujet, rapporte encore la BBC.
Selon The Guardian, des centaines de personnes ont manifesté chaque week-end, ces dernières semaines, contre le projet d’héberger des demandeurs d’asile à proximité de la ville. Parmi les arguments des opposants à l’accueil des exilés à Crowborough : la présence des exilés risquerait de nuire à la sécurité des habitants des environs.
Pour répondre à ces préoccupations, le ministère de l’Intérieur a déclaré que des « mesures de sécurité et de protection du public rigoureuses » étaient en place à Crowborough, ainsi qu’un service de sécurité spécialisé sur place et un système de vidéosurveillance fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
« Tous les demandeurs d’asile auront fait l’objet d’une vérification dans les bases de données policières, criminelles et d’immigration avant leur arrivée », a ajouté le ministère.
Sources: infomigrants




