Au Sénégal, un projet de loi visant à « durcir les peines » pour homosexualité met en danger la communauté LGBT+

Dans ce pays d’Afrique de l’ouest, l’homosexualité est considérée comme une « déviance » et criminalisée. Le Conseil des ministres a adopté, le 18 février, un texte prévoyant de durcir les peines encourues par les personnes homosexuelles. En France, ces discriminations représentent un motif de protection.
Dans son rapport d’activité pour 2024, l’Ofpra le souligne : « Au Sénégal, les persécutions liées à l’orientation sexuelle demeurent toujours largement alléguées en 2024 ». Le pays figure également parmi les pays d’origine qui, cette même année, « ont prévalu dans la demande d’asile du continent africain au motif de l’orientation sexuelle et/ou de l’identité de genre (OSIG) ».
Et cette tendance est appelée à s’accentuer au cours des prochains mois car ce pays d’Afrique de l’ouest s’apprête à durcir sa politique de répression de l’homosexualité. Jusqu’ici le code pénal sénégalais prévoyait des peines de d’un à cinq ans de prison pour les actes dits « contre nature avec un individu de son sexe ». Le nouveau texte prévoit de doubler ces peines.
Le 18 février dernier, le gouvernement sénégalais a annoncé, dans un communiqué, avoir « examiné et adopté » en Conseil des ministres un projet de loi modifiant l’article 319 du code pénal « avec précision de la définition des actes contre nature, durcissement des peines et intégration de l’apologie et du financement de ces types d’actes dans les sanctions ». Ce projet de loi doit désormais être déposé et débattu à l’Assemblée nationale.
Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a confirmé, mardi 24 février, devant les députés avoir déposé un projet de loi visant à les rendre les relations homosexuelles passibles de cinq à dix ans de prison.
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« Apologie » de l’homosexualité
Le texte prévoit également de sanctionner « toute personne qui aura fait l’apologie » de l’homosexualité. Elle « sera punie d’un emprisonnement de trois à sept ans », a précisé Ousmane Sonko.
»Toutes les organisations qui tentent d’encourager, que ce soit par des films de propagande, par le cinéma, par la télévision ou par l’écrit, la philosophie LGBT qui ne fait pas du tout partie des mœurs, des coutumes et de la culture sénégalaises, sont concernées », a indiqué, de son côté, à RFI Amadou Ba, ministre sénégalais de la Culture.
Pour Alex Müller, la directrice des questions LGBT au sein de l’ONG Human Rights Watch, également interrogée par RFI, annoncer la criminalisation de « la promotion et du financement de l’homosexualité » en des termes aussi généraux « risque d’ouvrir la voie à de graves violations de la liberté d’expression, de la liberté d’association et de l’accès aux soins de santé ».
« Cela veut dire par exemple que les ONG qui luttent contre le sida pourraient bientôt ne plus être en mesure de travailler, simplement parce qu’elles offrent des services de santé principalement à des hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes du fait qu’ils présentent un risque plus élevé de transmission du VIH. Ce à quoi nous assistons, c’est donc à de l’homophobie politique, autrement dit à l’utilisation par un gouvernement des personnes LGBT comme des cibles pour détourner l’attention de la population d’autres préoccupations », s’est-elle encore insurgée.
Vagues d’arrestations
L’adoption de ce texte en Conseil des ministres fait suite à une vague d’arrestations, le 7 février dernier. Douze hommes ont été arrêtés et sont accusés d’avoir eu des relations homosexuelles, qualifiées « d’actes contre nature ». Plusieurs des personnes interpellées ont été testées séropositives et sont accusées par les autorités sénégalaises de « transmission volontaire du VIH-sida par rapports sexuels non protégés et mise en danger de la vie d’autrui ».
Dans la foulée de cette affaire, cinq autres personnes ont été arrêtées par la gendarmerie pour « actes contre nature », là encore pour avoir eu des relations homosexuelles, dont un célèbre journaliste de la télévision publique.
Ces deux vagues d’arrestations ont été mises en avant par des médias sénégalais et un amalgame a été fait avec une tout autre affaire criminelle. En conséquence, les réseaux sociaux ont été inondés de messages homophobes et d’appels à la délation de personnes présumées homosexuelles.
Mercredi, l’organisation Human Rights Watch (HRW) a dénoncé l’arrestation des 12 personnes pour homosexualité présumée « en vertu de lois anti-LGBT sévères » et réclame au gouvernement leur libération.
Également au début du mois de février, la police sénégalaise a annoncé avoir démantelé un groupe international de pédocriminalité entre le Sénégal et la France et arrêté début février à Dakar 14 personnes accusées notamment de « pédophilie en bande organisée ».
Amalgame entre homosexualité et pédocriminalité
Dans les manifestations qui ont éclaté depuis la révélation de ces affaires, des pancartes mettant côte à côte homosexualité et pédocriminalité ont été vues à plusieurs reprises.

L’homosexualité – le fait d’avoir des relations sexuelles entre personnes majeures de même sexe – est souvent considérée au Sénégal comme un instrument employé par les Occidentaux pour imposer des valeurs prétendument étrangères à la culture du pays. En France, comme dans tous les pays d’Union européenne (UE), l’homosexualité est légale et les personnes menacées dans leur pays d’origine en raison de leur orientation sexuelle sont susceptibles d’y obtenir une protection internationale pour ce motif.
Sources: Infomigrants




