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Canaries : trois anciens travailleurs d’un centre pour migrants mineurs arrêtés à Tenerife

Trois anciens travailleurs d’un centre pour jeunes migrants de Tenerife, aux Canaries, ont été arrêtés pour mauvais traitements sur des résidents, a annoncé mardi la police espagnole. La structure est gérée par l’organisation Quorum Social 77, dont deux autres centres ont dû fermer l’an dernier pour des accusations similaires.

La police espagnole a annoncé mardi 3 mars avoir mené une perquisition dans un centre pour mineurs étrangers isolés à Tenerife, aux Canaries. Trois anciens travailleurs de la structure ont été interpellés. D’autres arrestations pourraient suivre, l’enquête étant toujours en cours, a indiqué la police.

Cette opération, menée par la Cour supérieure de justice des Canaries, fait suite à plusieurs plaintes de résidents déposées en avril 2025 pour mauvais traitements. Les interpellés sont accusés de crimes contre l’intégrité morale, de haine et de menaces.

« Un centre de punition »

Le centre situé à Puerto de la Cruz, au nord de Tenerife, – surnommé My City – a déjà été épinglé dans le passé. Le journal espagnol El País avait recueilli en juillet 2024 les témoignages de plusieurs jeunes hébergés dans la structure. Ces derniers avaient évoqué l’existence d’une pièce au 5e étage du bâtiment, la 501, « où des hommes forts aux bras tatoués [les] ont isolés et les ont battus », écrit El País.

Des migrants au port de Los Cristianos, a Tenerife, après avoir été secourus en mer, le 21 septembre 2025. Crédit : EPA
Des migrants au port de Los Cristianos, a Tenerife, après avoir été secourus en mer, le 21 septembre 2025. Crédit : EPA

« Au lieu d’un centre pour jeunes, cela ressemble à un centre de punition », avait aussi déclaré à la même époque un autre mineur isolé au média El Diario. L’adolescent affirmait avoir été témoin de coups, de punitions et de provocations de la part de certains éducateurs.

Les humiliations subies par les jeunes semblaient être connues de tous. Des mineurs hébergés dans d’autres structures des Canaries disent avoir été menacés d’être envoyés à My City s’ils se « comportaient mal ».

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Après les plaintes déposées en avril, la justice avait ordonné à la direction du centre de licencier deux éducateurs. Au total, les gérants avaient renvoyé cinq employés.

La structure est toujours ouverte : elle héberge actuellement environ 130 jeunes. « Les informations reçues au cours de la matinée indiquent que le centre continue de fonctionner normalement (…) Les mineurs affirment que la situation s’est améliorée depuis que ces travailleurs ont été retirés », a affirmé mardi la directrice générale de la Protection des enfants et des familles du gouvernement des îles Canaries, Sandra Rodríguez.

L’ONG Quorum Social 77 dans la tourmente

Le centre, un ancien hôtel, est géré depuis son ouverture par l’ONG Quorum Social 77. Entre 2023 et 2025, cette organisation était responsable de la prise en charge de 2 000 mineurs non accompagnés en Espagne (dont une grande majorité aux Canaries avec une vingtaine de centres). Dans le cadre d’un contrat avec l’État, Quorum Social 77 a reçu durant cette période plus de 150 millions d’euros de fonds publics, selon la presse espagnole.

« L’organisation gère d’autres centres, dont certains fonctionnent très bien et ont des évaluations positives même de l’Agence européenne de l’asile et de diverses inspections », a insisté Sandra Rodríguez.

Des migrants font la queue pour de la nourriture au camp de Las Raices, à Tenerife, en novembre 2023. Crédit : Reuters
Des migrants font la queue pour de la nourriture au camp de Las Raices, à Tenerife, en novembre 2023. Crédit : Reuters

Mais Quorum Social 77 est depuis l’an dernier sous le feu des critiques. En 2025, la justice a ordonné la fermeture de deux autres structures gérées par l’ONG aux Canaries : en premier, le centre pour mineurs isolés Emena La Fortaleza, sur l’île de Grande Canarie, où vivaient une quarantaine de jeunes étrangers. Le centre a été fermé en mai.

La justice avait reçu de nombreuses preuves et témoignages « faisant état de coups et blessures, de harcèlement, de traitements humiliants et dégradants et de torture », avait signalé dans un communiqué la Cour supérieure de justice des îles Canaries.

Et en juillet, c’est le site d’Arinaga, dans le sud-est de Grande Canarie, où étaient logés 148 mineurs, qui avait également fermé après des accusations similaires. Neuf travailleurs avaient été arrêtés.

Saturation du système d’accueil

Actuellement, le gouvernement des îles Canaries prend en charge 3 635 mineurs dans un total de 85 centres, selon les données de l’exécutif régional.

Situé au large des côtes ouest-africaines, l’archipel espagnol est une des principales portes d’entrée des migrants en Union européenne (UE). Après deux années de records d’arrivées consécutifs aux Canaries, les flux migratoires vers l’archipel se sont considérablement taris en 2025. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, un peu plus de 17 700 migrants sont arrivés aux Canaries l’an dernier, contre près de 47 000 en 2024 et près de 40 000 en 2023. Ainsi entre 2024 et 2025, la baisse constatée est de 62 %.

Mais malgré cette chute des arrivées, les Canaries peinent toujours à prendre en charge les mineurs isolés dans de bonnes conditions. En août 2025, l’Espagne a adopté une loi censée soulager l’archipel. Le texte introduit un mécanisme de solidarité entre les différentes régions. En clair, « dans des situations d’urgences », les autres provinces espagnoles doivent accueillir une partie des mineurs isolés débarqués aux Canaries.

Mais les transferts vers la péninsule ont été ralenti par des actions en justice intentées par des communautés autonomes dirigées, pour la majorité, par le parti d’opposition PP. À plusieurs reprises l’an dernier, les autorités canariennes ont dénoncé la lenteur de ces transferts. Le gouvernement canarien a même saisi la Cour suprême espagnole pour accélérer les relocalisations.

Selon les chiffres du gouvernement espagnol, seulement 157 jeunes ont été relocalisés vers la péninsule en 2025, sur les 529 dossiers de réinstallation acceptés. Soit un taux de 29,6 %.

Sources: Infomigrants

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