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Berlin continue d’ignorer ses promesses d’accueil faites à des réfugiés afghans

Le gouvernement allemand avait promis à plus de 2300 Afghans réfugiés au Pakistan de les accueillir en Allemagne. Or, Berlin refuse désormais d’assumer son engagement pour la moitié d’entre eux, malgré plusieurs revers judiciaires et la situation des droits de l’homme qui continue à s’aggraver en Afghanistan.

Malgré des centaines de poursuites judiciaires lancées par des Afghans devant les tribunaux allemands, le gouvernement fédéral ne semble pas fléchir. Berlin a révoqué les promesses d’admission pour plus d’un millier d’anciens employés locaux afghans et figures de l’opposition actuellement bloqués Pakistan.

Cette position de fermeté a été rappelée par le ministère allemand de l’Intérieur lors d’une question parlementaire posée par le parti de gauche Die Linke. Selon le journal Neue Osnabrücker Zeitung, le ministère affirme qu’aucun changement de la pratique actuelle n’est « prévu », malgré les plus de 500 recours judiciaires contre les décisions de l’Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF), dont près de 90 sont actuellement jugés en appel.

Photo d'archive utilisée à titre d'illustration : plus de 160 Afghans ont quitté Islamabad à bord d'un avion à destination de Berlin en décembre | Photo : picture-alliance
Photo d’archive utilisée à titre d’illustration : plus de 160 Afghans ont quitté Islamabad à bord d’un avion à destination de Berlin en décembre | Photo : picture-alliance

Clara Bünger, porte-parole de Die Linke pour les questions migratoires, a vivement critiqué cette approche dans les colonnes du Neue Osnabrücker Zeitung, qualifiant de « lamentable » le fait que « des centaines d’Afghans au Pakistan aient à se tourner vers les tribunaux administratifs allemands pour obtenir de l’aide et doivent poursuivre péniblement le gouvernement fédéral afin qu’il honore sa promesse ».

D’autant que les tribunaux statuent plutôt en faveur des Afghans. Jusqu’en septembre dernier, le tribunal administratif de Berlin a accordé des visa d’urgence aux plaignants dans 32 cas sur 64. La plupart de ces décisions ont été par la suite confirmées en appel. Au tribunal d’Ansbach, près de Nuremberg en Bavière, 90 % des personnes ayant contesté les révocations de promesse d’accueil ont obtenu gain de cause, selon l’hebdomadaire Die Zeit.

Clara Bünger estime toutefois que « lorsqu’il s’agit de tenir sa parole, le gouvernement ne doit pas laisser la décision aux tribunaux ». Elle exige que toutes les promesses d’accueil, faites sous le précédent gouvernement de coalition de centre-gauche soient mises en œuvre « rapidement et sans complications », appelant à mettre fin à ce qu’elle qualifie de « tactique d’usure juridique » du gouvernement.

Des femmes « esclaves »

Clara Bünger a également rappelé les nouvelles lois adoptées par les talibans inspirées d’une interprétation rigoriste de la loi islamique.

Ce nouveau code pénal accorde notamment aux hommes un statut de « maître » face leurs femmes « esclaves ». Les hommes sont ainsi autorisés à infliger des châtiments corporels et sexuels à leurs épouses, légalisant de fait les violences conjugales qualifiés des « légères ». Ensuite, ce code pénal ne donne quasiment aucune possibilité de recours juridique pour les femmes battues.

Une manifestation de soutien aux ressortissants afghans à Berlin appellant à ne pas discuter avec le régime taliban, le 15 août 2025. / REUTERS/Annegret Hilse
Une manifestation de soutien aux ressortissants afghans à Berlin appellant à ne pas discuter avec le régime taliban, le 15 août 2025. / REUTERS/Annegret Hilse

Une police des mœurs et des forces spéciales font appliquer ces règles dans un système qui s’apparente à de l’esclavage moderne. Comme le souligne Amnesty International, « sous le régime des autorités talibanes de facto, les violations des droits humains à l’encontre de la population afghane ont augmenté. »

« Je ne peux pas croire que le gouvernement veuille livrer ces personnes, qu’on avait clairement promis d’accueillir, en pâture aux talibans. C’est irresponsable », avertit Clara Bünger, qui dénonce les graves menaces qui pèsent sur les opposants politiques.

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Cette situation intervient alors que le Pakistan a déclaré la « guerre ouverte » aux talibans le mois dernier, entraînant une escalade des affrontements à la frontière. Cela augmente encore les enjeux pour les Afghans bloqués qui craignent d’être pris entre deux feux. De plus, le Pakistan a mené une vaste campagne d’expulsions de réfugiés vers l’Afghanistan.

Changement sous le nouveau gouvernement

Les promesses d’accueil découlent du chaos qui a suivi la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan en août 2021, lorsque la coalition de centre-gauche alors au pouvoir en Allemagne a accordé des garanties d’admission aux personnes qui avaient travaillé pour l’armée ou d’autres institutions allemandes.

Ces promesses concernaient également des personnes considérées comme particulièrement vulnérables, comme les militantes des droits des femmes et les défenseurs des droits de l’homme.

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Des centaines de réfugiés afghans qui attendaient au Pakistan leur réinstallation en Allemagne ont été renvoyés en Afghanistan, pays gouverné par les talibans. | Photo : Nabila Lalee/dpa/picture alliance
Des centaines de réfugiés afghans qui attendaient au Pakistan leur réinstallation en Allemagne ont été renvoyés en Afghanistan, pays gouverné par les talibans. | Photo : Nabila Lalee/dpa/picture alliance

Nombre d’Afghans ayant fui vers le Pakistan voisin se retrouvent pris au piège depuis la formation en mai 2025 de la nouvelle coalition composée de l’union des conservateurs CDU/CSU et les socio-démocrates du SPD.

Alors que l’Allemagne a accueilli plus de 37 500 personnes dans le cadre de divers programmes humanitaires depuis mai 2021, la coalition actuelle s’est engagée à mettre fin autant que possible aux programmes d’accueil, pour au contraire réduire les aides aux migrants et reprendre les vols d’expulsion vers l’Afghanistan.

« Intentions » non contraignantes

Le ministère de l’Intérieur justifie les révocations en vertu de l’article 22 de la loi sur le séjour, laquelle encadre les permis de séjour temporaires, notamment pour des raisons humanitaires urgentes. Ainsi, les promesses seraient des « intentions » non contraignantes pouvant faire l’objet d’un réexamen pour des raisons de sécurité.

Berlin a par ailleurs proposé à de nombreux Afghans au Pakistan une aide financière pour qu’ils renoncent à venir en Allemagne.

Sources: Infomigrants

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