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Traversées de la Manche : jusqu’à 9 ans de prison requis pour un réseau de 19 personnes transportant du matériel nautique

Le tribunal de Lille, dans le nord de la France, a requis deux à neuf ans de prison à l’encontre de 19 personnes soupçonnées d’avoir fait partie d’un réseau d’acheminement de matériel nautique pour des passeurs de migrants à la frontière franco-britannique.

Dix-neuf personnes étaient jugées la semaine dernière devant la chambre correctionnelle de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) du tribunal de Lille, dans le nord de la France, pour « aide à l’entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d’un étranger en bande organisée » et « participation à une association de malfaiteurs ».

Âgés de 22 à 49 ans, les 19 prévenus, parmi lesquels une femme, sont majoritairement originaires d’Irak, mais aussi de Turquie et de Syrie.

Lors de son réquisitoire, le ministère public a souligné la « spécificité » de ce dossier qui concerne « un réseau d’acheminement de matériel nautique (canots pneumatiques, gilets de sauvetage) en lien avec un réseau de passeurs », et non des « passeurs classiques » de migrants.

Les 19 prévenus avaient été arrêtés début 2024 en Allemagne lors d’une opération menée en collaboration avec la France et la Belgique. Selon les investigations, le groupe faisait partie, depuis 2022, d’un vaste réseau d’acheminement de matériel nautique de l’Allemagne vers les plages du nord de la France.

Jusqu’à huit traversées de la Manche par nuit

Le réseau fonctionnait sur « le même schéma que celui du trafic de stupéfiants » (véhicules ouvreurs, messageries cryptées, lieux de stockage…), indique La Voix du Nord, citant le magistrat du parquet. Les accusés sont soupçonnés d’avoir organisé jusqu’à huit traversées par nuit, pour un montant de 120 000 euros chacune.

Le parquet a divisé les 19 accusés en trois groupes, en fonction de leurs rôles présumés dans le réseau.

Des gendarmes français examinent un moteur hors-bord abandonné par des migrants tentant de traverser la Manche au Blockhaus du Crabe sur la plage d'Ecault à Saint-Etienne-au-Mont, près de Boulogne-sur-Mer, France, le 1er juillet 2025. Crédit : Reuters
Des gendarmes français examinent un moteur hors-bord abandonné par des migrants tentant de traverser la Manche au Blockhaus du Crabe sur la plage d’Ecault à Saint-Etienne-au-Mont, près de Boulogne-sur-Mer, France, le 1er juillet 2025. Crédit : Reuters

Trois des mis en cause, considérés comme les « têtes pensantes » du réseau, étaient aussi jugés pour « blanchiment aggravé en bande organisée ». Le parquet a requis, vendredi 27 mars, neuf ans de prison et 150 000 euros d’amende à l’encontre d’un Irakien de 34 ans soupçonné d’être le chef, et sept ans d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende pour chacun des deux autres.

Le deuxième groupe était composé d’un « guetteur », d’un « rabatteur » et d’un « logisticien » selon le parquet, qui a requis des peines de quatre et cinq ans de prison et 20 000 et 30 000 euros d’amende à leur encontre.

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Le dernier groupe était celui des chauffeurs : 11 hommes et une femme accusés d’avoir transporté à de nombreuses reprises du matériel nautique d’Allemagne, où ces équipements étaient stockés, jusqu’au littoral du nord de la France, où ont lieu les départs clandestins vers l’Angleterre.

Pour l’ensemble des prévenus, ces réquisitions ont été assorties d’une interdiction définitive du territoire français, a précisé le parquet, comparant l’organisation et la hiérarchie de ce réseau à celles observées dans les trafics de stupéfiants.

La décision a été mise en délibéré à l’issue des plaidoiries vendredi en fin d’après-midi.

Lancement d’un Centre européen de lutte contre le trafic de migrants

Ces dernières années, alors que les traversées de la Manche se sont intensifiées, les coups de filet dans les réseaux de trafiquants opérant entre la France et le Royaume-Uni se sont multipliés. Dernière opération en date : la semaine dernière, Europol a annoncé le démantèlement d’une vaste filière de livraison de matériel nautique à destination du littoral nord.

Ce réseau est soupçonné d’avoir alimenté en embarcation les réseaux de passeurs de la Manche. Selon les derniers éléments de l’enquête, le matériel, fabriqué en Asie, était importé de Turquie par voie maritime et terrestre, puis acheminé en grande quantité en Allemagne.

Des employés municipaux utilisent un bateau pour récupérer un canot pneumatique après qu'il a été abandonné par des migrants près de Gravelines, le 10 juillet 2025. Manche. Crédit : Reuters
Des employés municipaux utilisent un bateau pour récupérer un canot pneumatique après qu’il a été abandonné par des migrants près de Gravelines, le 10 juillet 2025. Manche. Crédit : Reuters

Ensuite, le matériel était stocké dans des entrepôts contrôlés par le réseau avant d’être rassemblé dans « des colis spécifiques pour les migrants ». Selon Europol, ces colis contenaient une embarcation et du matériel comme des chambres à air – que les migrants utilisaient en guise de gilets de sauvetage lors de la traversée -, un moteur, des pompes et des jerricans d’essence.

Au delà de cette vaste opération, Europol souhaite intensifier la lutte contre les réseaux de passeurs actifs en Europe. Mardi 24 mars, l’agence européenne de police criminelle a annoncé le lancement d’un Centre européen de lutte contre le trafic de migrants.

L’organisation va intensifier ses actions sur les réseaux sociaux et les messageries cryptées, largement utilisés par les passeurs pour attirer des migrants ou pour coordonner les déplacements des exilés. Europol veut aussi s’attaquer au modèle économique des trafiquants.

« Le lancement de l’ECAMS témoigne de la détermination de l’Europe à considérer le trafic de migrants pour ce qu’il est réellement : une forme grave de criminalité organisée qui coûte souvent des vies et qui en tire profit », a déclaré Catherine de Bolle, présidente d’Europol, lors d’une conférence au siège de l’agence à La Haye.

Sources: Infomigrants

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