France : deux personnes condamnées pour avoir exploité des travailleurs agricoles marocains

Le tribunal correctionnel de Montauban, dans le sud de la France, a condamné mardi deux personnes à des peines de prison avec sursis pour avoir fait venir des saisonniers marocains à qui ils faisaient payer 10 000 euros sans leur garantir de salaire, ni de papiers. Au total, près de 300 ouvriers agricoles ont été victimes d’un système « d’exploitation de la misère humaine » entre 2023 et 2025, selon le procureur.
Mardi 19 mai, un homme de 30 ans et sa salariée de 36 ans ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Montauban, dans le sud de la France, à des peines respectives de deux ans et d’un an de prison avec sursis. Ils ont également écopé de cinq ans d’interdiction d’exercer toute activité professionnelle en lien avec l’agriculture.
La peine est inférieure aux réquisitions du ministère public lors de l’audience du 31 mars 2026 qui réclamait respectivement trois ans de prison avec sursis pour l’homme et un an avec sursis pour la femme ainsi que 15 ans d’interdiction d’activité professionnelle dans le milieu agricole.
278 ouvriers victimes de ce système d’exploitation
Ces deux personnes étaient poursuivies pour avoir fait venir des saisonniers marocains, qui payaient jusqu’à 10 000 euros contre la promesse d’obtenir le statut de travailleur saisonnier, un contrat de travail et un titre de séjour.
Mais, arrivés en France, ils étaient placés chez des exploitants agricoles, avant d’être délaissés. La société profitait alors de leur situation vulnérable pour les exploiter dans des conditions précaires. Certains étaient même obligés de dormir dehors.
D’après l’enquête, 278 ouvriers agricoles ont été victimes d’un système « d’exploitation de la misère humaine » entre 2023 et 2025, selon les termes du procureur.
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Les deux rabatteurs ont été reconnus coupables d’escroquerie, fraude sociale et travail dissimulé dans le milieu agricole à Montauban et Montalzat.
Seuls deux travailleurs marocains ont déposé plainte. Ils se verront verser 10 000 euros au titre du préjudice moral et matériel et 600 euros pour les frais d’avocat.
Les deux accusés devront en outre verser 776 000 euros à la Mutualité sociale agricole (MSA), partie civile dans ce dossier. Les juges ont ordonné la saisie d’une montre de luxe et de 12 000 euros sur les comptes des deux prévenus.
Le Tarn-et-Garonne – premier département français producteur de pommes et de prunes et deuxième pour la production de kiwis – emploie en moyenne 22 000 saisonniers chaque année pour la cueillette des fruits et l’entretien des parcelles, une main-d’œuvre originaire en majorité du Maroc, de Bulgarie et d’Espagne.
D’autres affaires de traite d’êtres humains en Champagne
Ces dernières années, d’autres exploitants agricoles ont été épinglés par la justice, notamment dans les vignobles champenois. En mars, la cour d’appel de Reims, dans l’est de la France, avait confirmé la condamnation à deux ans de prison ferme pour traite d’êtres humains d’une ex-dirigeante de société de prestations viticoles.
Des mois d’enquête avaient mis au jour des conditions d’hébergement et de travail sordides pour les migrants employés et permis d’identifier 57 victimes – en majorité des étrangers en situation irrégulière originaires du Mali, de Mauritanie, de Côte d’Ivoire ou encore du Sénégal. Chichement nourris, ces vendangeurs avaient été logés dans un bâtiment insalubre, avec des sanitaires répugnants et vétustes, des installations électriques dangereuses et des matelas au sol.
« Chaque matin on se réveillait vers 5 heures. À 6 heures, on partait dans les vignes, pour démarrer le travail vers 7h30/8 heures. Pour nous y amener, ils nous mettaient dans des fourgonnettes comme des animaux, il n’y avait pas de siège, rien, on ne pouvait pas respirer », avait confié à InfoMigrants Boureima Kanoute, l’une des 57 victimes.
Quatre personnes travaillant à la récolte du raisin sont décédées lors des vendanges de 2023 dans la région, alors que le mois de septembre avait été particulièrement chaud. Des drames qui leur ont valu le surnom de « vendanges de la honte ».
Pendant ces mêmes vendanges de 2023, en Champagne, une autre affaire d’hébergement dans des conditions indignes, concernant une quarantaine de saisonniers ukrainiens, avait éclaté. Le 28 janvier 2026, le gérant de l’entreprise de prestation de services viticoles mis en cause a été condamné à trois ans de prison, dont deux ferme, et sa société a écopé d’une amende de 350 000 euros.
Sources: Infomigrants




