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Après plusieurs jours d’attente, l’Ocean Viking débarque finalement en Sicile

Le navire humanitaire de SOS Méditerranée a reçu mercredi soir l’autorisation d’accoster au port sicilien de Pozzallo. Le débarquement des 294 migrants secourus par l’Ocean Viking a débuté jeudi matin, 10 jours après le premier sauvetage. Dans le même temps, le Sea Watch 4 a porté assistance à 57 personnes en Méditerranée centrale, tandis que l’équipage du Sea-Eye 4 affirme avoir été menacé par les garde-côtes libyens en mer.

L’ONG réclamait depuis une semaine l’attribution d’un port sûr : 12 demandes avaient été envoyées aux autorités libyennes, maltaises et italiennes. Toutes les requêtes faites à Malte et la Libye étaient restées sans réponse, et l’Italie avait dans un premier temps refusé avant de se raviser.

Le navire avait porté assistance aux exilés entre dimanche 24 et mercredi 27 avril lors de quatre opérations au large des côtes libyennes.

>> À (re)lire : À bord de l’Ocean Viking, l’attente « exacerbe la souffrance et la détresse psychologique » des 294 exilés

À bord de l’Ocean Viking, l’attente devenait de plus en plus problématique. Certains dormaient sur le pont du navire depuis 10 jours, à la merci des intempéries. En début de semaine, une forte houle avait « provoqué le mal de mer chez plus des trois-quarts des rescapé.e.s », avait précisé SOS Méditerranée, et un homme « dont l’état de santé se détériore rapidement » avait été évacué par les garde-côtes italiens.

L’ONG avait tiré la sonnette d’alarme, affirmant que « ce retard injustifié [dans la prise en charge des exilés, ndlr] exacerbe de jour en jour la souffrance et la détresse psychologique » des migrants « extrêmement vulnérables et traumatisées » par leur passage en Libye et leur tentative de traversée de la Méditerranée. « Retenir sur un navire de sauvetage des rescapés ayant frôlé la mort en mer est indigne », avait-elle insisté.

Menaces des Libyens

Si l’Ocean Viking n’est plus dans la zone de recherche et de sauvetage (SAR zone), au large de la Libye, deux autres navires sillonnent le secteur pour porter assistance à des embarcations en détresse. Mercredi, 57 personnes ont été secourues par le Sea Watch 4. Les naufragés ont reçu « à manger et à boire, de nouveaux vêtements si nécessaire et des soins médicaux », indique l’ONG allemande éponyme sur Twitter.

Pendant une heure, selon l’ONG, les forces libyennes ont encerclé le Sea-Eye 4, répétant leurs menaces à plusieurs reprises avant de finalement faire demi-tour.

Des pratiques courantes

Ce n’est pas la première fois que des navires humanitaires sont pris à partie en pleine mer par les garde-côtes libyens. En novembre 2021, ces derniers avaient demandé d’un ton agressif au Sea Watch 4 de quitter la zone de sauvetage. Et menacés « d’emmener » les humanitaires en Libye.

Les Libyens sont également pointés du doigt pour leur comportement dangereux lors des opérations d’interceptions de canots de migrants. Ils n’hésitent pas à faire usage de leurs armes. En février dernier, un exilé a perdu la vie en Méditerranée après avoir été visé par des tirs des garde-côtes libyens. Trois autres avaient été blessés. L’embarcation dans laquelle ils se trouvaient essayait d’échapper aux autorités, et d’être renvoyés en Libye.

Un mois plus tôt, le navire humanitaire Louise Michel avait été témoin de coups de feu tirés par les Libyens sur un migrant qui tentait de rejoindre l’ONG en sautant à l’eau. Le bateau n’a pas retrouvé l’homme visé par les tirs.

>> À (re)lire : L’ONG allemande Sea-Watch porte plainte contre Frontex

Enfin, en juillet 2021, les autorités libyennes avaient aussi fait usage de leurs armes au large de Lampedusa. La scène, filmée par l’ONG Sea-Watch depuis son avion de surveillance Seabird, montrait un bateau libyen s’approcher tout près d’une embarcation en bois, et tirer dans l’eau à balles réelles.

Malgré les critiques répétées, l’Italie, avec le soutien de l’Union européenne (UE), continue de former les garde-côtes libyens et de leur fournir des équipements. Au total, en quatre ans, 32,6 millions d’euros ont été alloués à Tripoli pour bloquer les flux migratoires vers l’Europe, d’après l’ONG Oxfam.

L’Allemagne est le seul État membre à avoir décidé en mars de mettre fin à sa participation à la formation des garde-côtes libyens, encadrée par l’UE. « Le gouvernement allemand ne peut pas actuellement justifier la formation des garde-côtes libyens par les soldats allemands au vu du comportement inacceptable et répété d’individus membres des garde-côtes à l’égard des réfugiés et des migrants, et également à l’égard des organisations non-gouvernementales », avait déclaré la porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Andrea Sasse. 

Source: https://www.infomigrants.net

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