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En Pologne, des milices d’extrême droite patrouillent à la frontière allemande pour refouler les migrants

Des groupes polonais de la mouvance d’extrême droite patrouillent depuis plusieurs semaines à la frontière avec l’Allemagne pour empêcher les migrants refoulés par Berlin de revenir en Pologne. Alors que ces actions ont été qualifiées d' »illégales » et de « perturbatrices » par le Premier ministre Donald Tusk, le président nouvellement élu Karol Nawrocki a remercié ces milices pour leur « défense citoyenne de la frontière ».

Depuis plusieurs semaines, des « patrouilles citoyennes » autoproclamées sont menées dans la zone frontalière séparant la Pologne de l’Allemagne. Ces groupes proches de la mouvance d’extrême droite, et rassemblés au sein du Mouvement de défense des frontières (RMO), entendent empêcher les migrants refoulés par les autorités allemandes de revenir sur le sol polonais.

Leurs actions se sont d’abord concentrées au poste-frontière de Słubice, puis se sont étendues à d’autres sections de la frontière. Les « patrouilleurs » sont chargés de « documenter les franchissements illégaux [de la frontière], d’appeler les gardes-frontières et d’entraver les activités allemandes », précise le média local Gazeta. Des groupes de hooligans ont également participé à ces opérations.

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des hommes masqués arrêter les véhicules passant la frontière et leur demander leurs papiers d’identité, indique le site Politico. Ces individus se vantent de vouloir procéder à des « arrestations citoyennes » de personnes en situation irrégulière. D’autres militants installent même des tentes dans la région, scrutent la frontière et poursuivent les exilés qu’ils voient entrer.

Fin juin, la police polonaise, munie de gaz lacrymogènes, a dispersé une de ces milices dans la région de Swinoujscie, dans le nord-ouest de la Pologne.

Des méthodes « illégales »

Ces méthodes ont été qualifiées d’ »illégales » et de « perturbatrices » par le Premier ministre polonais, Donald Tusk, qui a exhorté le Mouvement de défense des frontières de mettre fin à ses activités. Les responsables régionaux ont également averti que les auteurs de ces actes pouvaient être poursuivis pour usurpation d’identité et troubles à l’ordre public.

Tout comme le ministre de l’Intérieur Tomasz Siemoniak, qui a rappelé que ces « patrouilles citoyennes » s’exposaient à des poursuites judiciaires. « Toute personne se faisant passer pour un agent ou entravant son travail en subira les conséquences », a aussi commenté Adam Szlapka, le porte-parole du gouvernement, en insistant sur le fait que seuls les gardes-frontières sont habilités à contrôler les véhicules entrant en Pologne.

Des migrants arrêtés par les forces allemandes, à la frontière avec la Pologne, en septembre 2023. Crédit : Reuters
Des migrants arrêtés par les forces allemandes, à la frontière avec la Pologne, en septembre 2023. Crédit : Reuters

L’apparition de ces milices électrise encore un peu plus le débat sur l’immigration en Pologne. C’est en effet dans ce contexte que Donald Tusk a décidé mardi dernier de rétablir de manière temporaire les contrôles à ses frontières avec l’Allemagne et la Lituanie à partir du 7 juillet. Au total, 52 points de contrôles ont été installés à la frontière avec l’Allemagne, longue de 467 km; et 13 avec la Lituanie, longue de 104 km.

Varsovie avait justifié sa décision par celle prise début juin par le nouveau gouvernement allemand de refouler les demandeurs d’asile se présentant aux frontières. « Depuis environ un mois, la pratique à la frontière germano-polonaise a clairement été modifiée. Contrairement aux dix dernières années, le côté allemand refuse désormais réellement d’autoriser l’entrée sur son territoire aux migrants qui se dirigent vers l’Allemagne pour, par exemple, demander l’asile ou obtenir un autre type de statut », avait expliqué Donald Tusk. « Ce changement de pratique à cette frontière a également entraîné des tensions et un sentiment d’asymétrie justifié », avait-il ajouté.

Donald Tusk sous pression de l’opposition

Donald Tusk se retrouve sous pression alors qu’il est accusé par l’opposition de plier face à l’Allemagne et de laisser la Pologne se faire « submerger » de migrants. Des militants d’extrême droite affirment même que Berlin déplace des migrants par bus vers le sol polonais.

Un officier polonais, dans la zone frontalière de Slubice, le 7 juillet 2025. Crédit : Reuters
Un officier polonais, dans la zone frontalière de Slubice, le 7 juillet 2025. Crédit : Reuters

L’élection présidentielle remportée début juin par le nationaliste Karol Nawrocki a un peu plus affaibli la position du Premier ministre de centre-droit. Karol Nawrocki, élu avec le soutien du parti populiste Droit et justice (PiS) et qui prendra officiellement ses fonctions le 6 août, n’a pas manqué de remercier la semaine dernière le militant d’extrême droite Robert Bąkiewicz, fondateur du RMO, pour sa « défense citoyenne de la frontière ».

Lors de la campagne présidentielle, le candidat nationaliste, fervent admirateur de Donald Trump, avait prôné la mise en place de contrôles à la frontière avec l’Allemagne afin d’empêcher l’entrée de migrants. En Pologne, le chef de l’État, dont le mandat est de cinq ans, exerce une certaine influence sur les domaines de la politique étrangère et de la défense. Il dispose surtout d’un pouvoir de véto au niveau législatif.

Sources: infomigrants

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