En Europe, l’examen des demandes d’asile de Syriens reprend prudemment

Sept mois après la chute du dictateur syrien Bachar al-Assad, Londres a indiqué mi-juillet s’apprêter à reprendre le traitement des demandes d’asile de Syriens. Le pays, comme plusieurs autres États européens, avait suspendu les prises de décision concernant les protections accordées aux ressortissants syriens après la chute du régime.
Les demandes d’asile de Syriens vont pouvoir être de nouveau examinées au Royaume-Uni. La ministre de l’Asile britannique, Angela Eagle, a déclaré mi-juillet que le ministère de l’Intérieur avait « œuvré pour lever la suspension dès qu’il y a eu suffisamment d’informations pour prendre des décisions précises et bien fondées », a rapporté la BBC.
La ministre a précisé que les demandes d’asile allaient être de nouveau traitées et que des renvois vers la Syrie pourraient avoir lieu.
Selon la BBC, une vingtaine de demandeurs d’asile vivant au Royaume-Uni sont déjà retournés volontairement en Syrie cette année. La reprise des examens de demandes d’asile et des renvois pourraient entraîner l’expulsion de milliers d’autres.
En décembre 2024, très rapidement après la chute du régime de Bachar al-Assad, plusieurs pays européens – dont le Royaume-Uni – avaient annoncé la suspension de leur programme d’asile pour les ressortissants syriens. Quelque 6 500 dossiers étaient concernés par cette suspensions outre-Manche.
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En France, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) avait également décidé de suspendre sa prise de décision sur les dossiers de demande d’asile de Syriens pouvant poser des « difficultés d’interprétation au regard de la nouvelle situation politique en cours d’analyse ».
Depuis le mois d’avril, la France a, elle aussi, repris le traitement de tous les dossiers de demandes d’asile de ressortissants syriens.
Reprise des examens de demandes aux Pays-Bas
C’est aussi le cas aux Pays-Bas. Le service d’immigration et de naturalisation (IND) néerlandais a annoncé début juin que des décisions en matière d’asile allaient être prises pour les quelque 17 000 demandes en suspens des Syriens, ainsi que pour les nouveaux dossiers déposés.
Cette décision intervient après que le gouvernement a revu à la baisse le niveau d’évaluation des risques pour la Syrie, déclarant que le danger de persécution et de violence arbitraire en Syrie se situait désormais au niveau le plus bas selon les critères de l’Union européenne. Cela signifie que le nombre de demandes d’asile susceptibles d’être rejetées à l’avenir est plus élevé qu’auparavant, ont expliqué les autorités.
Depuis début mai, les dossiers des demandeurs d’asile syriens peuvent également à nouveau être examinés en Allemagne par l’Office fédéral des migrations et des réfugiés (BAMF). Patrick Schmidtke, directeur de l’Office, a indiqué début mai que l’examen des dossiers allait reprendre « à petite échelle ».
Berlin a par ailleurs mis un terme à la réunification familiale pour les étrangers protégés par la protection subsidiaire, ce qui est le cas de nombreux Syriens. Les voix critiques, comme l’ONG de défense des droits humains Pro Asyl, affirment que la séparation d’une famille peut exercer une pression psychologique énorme sur les personnes concernées et avoir des conséquences sur l’intégration et l’immigration irrégulière.
En l’absence de voie légale pour retrouver leurs enfants, leurs parents ou conjoints, certaines personnes prennent le risque d’emprunter des itinéraires clandestins pour rejoindre leurs proches en Allemagne.
L’Autriche, premier pays européen à expulser un Syrien
L’Autriche avait, elle aussi, suspendu l’examen des demandes d’asile de Syriens en décembre 2024 alors qu’ils sont depuis 2015 la première nationalité à demander une protection dans le pays.
L’attaque au couteau de février dernier, à Villach, dans le sud de l’Autriche, par un demandeur d’asile syrien, n’a rien arrangé à la situation. Le parti d’extrême-droite FPÖ a aussitôt instrumentalisé l’attaque en appelant à des politiques migratoires plus strictes, à une augmentation des expulsions et à un contrôle renforcé des frontières.
Vienne a également entamé des procédures pour révoquer le statut de quelque 2 900 réfugiés et a stoppé les démarches de regroupement familial, une mesure que le nouveau gouvernement dirigé par un chancelier conservateur veut étendre à l’ensemble des nationalités. Vienne a même offert la somme de 1 000 euros aux Syriens acceptant de repartir dans leur pays. Pour l’heure, 350 sont volontairement rentrés depuis fin 2024, contre 200 au total en 2023 et 2024, selon les chiffres officiels.
Le pays a également été le premier à reprendre les expulsions de réfugiés vers la Syrie. Un Syrien de 32 ans, arrivé en Autriche en 2013 et condamné à sept ans de prison en 2018, a été expulsé vers son pays d’origine début juillet.
Des demandes systématiquement rejetées en Bulgarie
Autre pays européen à avoir durci sa position concernant la protection des Syriens : la Bulgarie. Des associations travaillant auprès des migrants ainsi que des membres de l’ONG de soutien juridique Voice in Bulgaria ont noté que les demandes d’asile syriennes étaient « systématiquement rejetées » depuis la chute de Bachar al-Assad, le 8 décembre 2024. Une observation partagée par le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) dans sa note sur la Bulgarie parue en mars 2025.
Selon l’ONU, pour l’administration bulgare, la Syrie n’est plus confrontée à « une situation où la violence aveugle atteint un niveau tel que les civils, uniquement en raison de leur présence sur le territoire de ce pays ou d’une région particulière, seraient confrontés à un risque réel d’être soumis à une telle menace ».
Enfin, la Norvège, qui avait également décidé de suspendre les examens des demandes d’asile de Syriens à la chute de Bachar al-Assad, a décidé de prolonger pour six mois supplémentaires, jusqu’en décembre 2025, cette mesure.
Sources : infomigrants




