Mayotte : nette baisse des interceptions et des expulsions de migrants en 2024

En 2024, le nombre d’étrangers en situation irrégulière expulsés de Mayotte a baissé de 21 % et celui du nombre de bateaux interceptés de 25 % par rapport à l’année dernière, selon un bilan officiel de la lutte contre l’immigration clandestine dans le département.
En matière de lutte contre l’immigration clandestine à Mayotte, tous les indicateurs sont en baisse. Selon un document de la préfecture de l’île, en 2024, le nombre de kwassa-kwassa – les embarcations utilisées par les migrants pour rejoindre Mayotte depuis les Comores – a chuté. Et il en est de même pour le nombre des expulsions. Respectivement, les baisses sont de 25 % et 21 %.
Sur l’année 2024, 493 embarcations de migrants ont été interceptées sur les 809 détectés (61 %) alors qu’en 2023, 661 kwassa-kwassa avaient été arrêtés par les autorités. Cela représente un total de 6 764 étrangers en situation irrégulière interpellés en mer.
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Ensuite, 22 016 interpellations ont eu lieu sur l’île et, parmi les personnes interpellées, 19 262 ont été reconduites à la frontière. L’année précédente, 24 467 personnes avaient été expulsées de ce territoire français situé dans l’océan Indien.
La quasi-totalité des exilés ont été renvoyés aux Comores mais quelque 700 personnes ont été renvoyées par avion vers d’autres pays. La grande majorité (576) l’a été vers Madagascar ou la République démocratique du Congo (93).
Blocage général et cyclone
La préfecture a expliqué à l’AFP la baisse de ces chiffres par « plusieurs épisodes majeurs ayant fortement perturbé l’activité opérationnelle tout au long de l’année ». Elle invoque notamment les cinq semaines de blocage général de janvier et février 2024 quand un collectif de citoyens, rejoint par des habitants, avait organisé des barrages routiers pour protester contre l’immigration illégale.
L’impact du passage du cyclone Chido, le 14 décembre, a également été avancé. Cette catastrophe naturelle, qui a certes eu lieu en fin d’année, a « mobilisé les services de l’État sur d’autres priorités urgentes », selon la préfecture.
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Le cyclone a causé de lourds dégâts sur l’île et a aussi mis à mal les moyens dont disposent les autorités pour endiguer l’immigration irrégulière. Plusieurs bateaux intercepteurs et certains radars de surveillance utilisés pour identifier l’arrivée des kwassa-kwassa ont été détruits lors du passage de la tempête.
Nouvelle législation
Pour les prochaines années, le gouvernement compte renverser cette tendance. En déplacement sur l’île après le passage du cyclone Chido, le président Emmanuel Macron avait promis un « mur de fer » contre l’immigration irrégulière à Mayotte et déclaré que les expulsions allaient atteindre 35 000 par an.
En avril dernier, il avait également annoncé le rachat de nouveaux radars et de nouveaux bateaux intercepteurs afin de faire passer leurs effectifs de huit à treize.
Le président a également annoncé la création d’un « État-major de lutte contre l’immigration » et la « montée en force » du groupe d’action opérationnel (GAO), l’unité de la police nationale à Mayotte spécialisée dans la lutte contre l’immigration clandestine. Il a notamment promis aux élus que ce plan devait obtenir ses effets début 2026.
« Il y aura aussi des recrutements de moyens humains » avait promis aux élus le chef de l’État. Pour cela, un texte de loi a été adopté par le Parlement, puis validé par le Conseil constitutionnel le 7 juillet dernier. Il prévoit notamment 52 millions d’euros pour le « renforcement des capacités de détection, de reconnaissance et d’interception par voies maritime et aérienne ».
Et cette loi instaure également un durcissement de la politique migratoire française à Mayotte, déjà un territoire d’exception en termes de législation. Elle prévoit le durcissement de l’accès à un titre de séjour, la possibilité de retirer le titre de séjour du parent d’un enfant considéré comme menaçant l’ordre public, la centralisation des reconnaissances de paternité à Mamoudzou pour lutter contre les reconnaissances frauduleuses, ou encore la possibilité de placer dans une zone de rétention des mineurs accompagnant un majeur qui fait l’objet d’une mesure d’éloignement.
La loi crée par ailleurs une nouvelle législation dans la lutte contre l’habitat informel – la plupart du temps constitué de tôles. Elle acte qu’un tel habitat n’est pas considéré comme un logement « normal », condition nécessaire pour bénéficier du droit au regroupement familial. Ainsi, en cas d’évacuation forcée d’un tel habitat informel, l’État a dorénavant la possibilité de déroger pendant dix ans à l’obligation d’une offre de relogement ou d’hébergement d’urgence, si l’administration prouve qu’elle ne peut matériellement pas le faire en raison du passage du cyclone Chido en décembre 2024. Selon le bilan de la préfecture, 12 opérations de démantèlement d’habitats informels ont été menées à Mayotte et plus de 800 habitats informels ont été détruits.
Sources: infomigrants




