Malte renvoie 48 migrants vers leur pays d’origine, quelques jours seulement après avoir été secourus en mer

En fin d’année, les autorités maltaises ont renvoyé vers leur pays d’origine 48 migrants, dont 44 bangladais, secourus le 12 décembre en mer Méditerranée. La rapidité de ces opérations interroge sur le niveau d’informations et d’accès aux droits dont ont bénéficié ces exilés avant leur expulsion.
Dans la nuit du 28 au 29 décembre 2025, 44 migrants ont été renvoyés dans leur pays d’origine par les autorités maltaises. Selon nos informations, ces personnes sont originaires du Bangladesh et ont atterri à Dacca. Quelques jours plus tôt, quatre autres exilés, dont deux sont Égyptiens, avaient déjà été expulsés du sol maltais.
Ils font partie d’un groupe de 61 migrants secourus le 12 décembre en mer Méditerranée par les forces maltaises.
Il aura donc fallu seulement 17 jours pour rapatrier ces personnes vers leur pays d’origine. Jamais une telle opération n’aura été aussi rapide. Ce type d’expulsions prend généralement des semaines, voire des mois, le temps nécessaire pour vérifier l’identité des personnes et obtenir un laissez-passer des États d’origine.
« Aucun d’entre eux n’a exprimé le désir de rester à Malte »
La rapidité de ces renvois a été rendu possible « grâce à une coordination étroite entre la police de Malte et plusieurs entités et directions au sein du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de l’Emploi, ainsi que le Ministère des Affaires étrangères et du Tourisme », indique le ministère de l’Intérieur dans un communiqué.

« La réalisation de cette opération en seulement 17 jours envoie un message fort aux trafiquants », a déclaré le ministre de l’Intérieur Byron Camilleri. « Malte continue de mettre en œuvre une politique migratoire équitable garantissant à ceux qui méritent une protection de recevoir toute l’assistance nécessaire, tandis que ceux qui abusent du système et n’ont donc pas le droit de rester à Malte sont renvoyés dans leur pays de la manière la plus efficace ».
Mais ces expulsions posent question : ces migrants avaient-ils demandé l’asile à Malte ? Ont-ils eu un accès à un soutien juridique ? Ont-il été informés de leurs droits ? Sur ce point, les autorités maltaises n’ont pas donné de détails, comme sur le sort des 13 autres migrants secourus dans le même canot le 12 décembre.
Contactée par InfoMigrants, Rabeya Begum, première secrétaire à l’ambassade du Bangladesh à Athènes – qui gère ce dossier maltais – affirme que « l’ensemble des ressortissants bangladais concernés souhaitaient rentrer dans leur pays d’origine. Aucun d’entre eux n’a exprimé le désir de rester à Malte ».
À peine 200 arrivées à Malte en 2025
Au total en 2025, 81% des migrants arrivés de manière irrégulière à Malte ont été renvoyés dans leur pays d’origine, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.
Cette petite île méditerranéenne n’accueille que très peu d’exilés. Les arrivées au cours des cinq dernières années ont diminué de 93%, « en raison de la politique ferme et équitable mise en œuvre par le gouvernement maltais, où la dissuasion et la prévention sont des piliers centraux de ce travail », précisent les autorités. Seulement 185 migrants sont arrivés à Malte en 2025, selon les chiffres de l’Organisation internationale des migrations (OIM). Ils étaient 238 sur l’ensemble de l’année 2024.
Depuis des années, Malte reste fermée aux débarquements des migrants secourus en mer Méditerranée. Jamais ou presque, elle n’a autorisé les ONG à entrer dans ses ports. Jamais ou presque non plus, elle n’est venue prêter main forte aux embarcations en détresse dans ses eaux territoriales. Le sauvetage du 12 décembre était donc une exception.
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Souvent, La Valette délègue aux gardes-côtes libyens le soin de secourir les embarcations en détresse. Ce fut le cas, en mai 2023, quand un bateau de 500 migrants en train de couler dans les eaux maltaises appela à l’aide. Contacté par la plateforme d’aide aux migrants Alarm phone, le centre de coordination des opérations maritimes maltais, le RCC Malte, avait annoncé qu’il allait agir. Mais aucune opération n’a jamais été lancée. En réalité, Malte a contacté Tripoli et leur a demandé de venir récupérer les exilés en mer. Les 500 migrants ont été renvoyés en Libye et emprisonnés à Benghazi.
Sources: infomigrants




