Grèce : deux migrants retrouvés morts près du fleuve Evros

Deux hommes ont été retrouvés morts près du fleuve Evros dimanche matin, selon la presse grecque. Ces migrants en situation irrégulière tentaient de traverser le fleuve pour rejoindre la Grèce depuis la Turquie voisine.
Un homme, âgé entre 20 et 25 ans, et un autre âgé entre 30 et 35 ans, ont perdu la vie près du fleuve Evros, frontière naturelle de 200 km séparant la Grèce de la Turquie voisine, selon le média grec ERTnews.
Ces deux migrants en situation irrégulière ont été retrouvés, dimanche 8 février, trempés et gelés. Ils venaient probablement de tenter de traverser à la nage le fleuve pour atteindre le sol grec. La traversée de l’Evros est extrêmement risquée notamment en hiver, quand les températures sont particulièrement basses.
Les deux hommes ont été transférés à l’hôpital. L’un a été déclaré décédé à son arrivée, tandis que les tentatives de réanimation pour la deuxième personne ont été vaines.
Une zone ultra- militarisée
Cette zone frontalière est régulièrement empruntée par les migrants désireux d’entrer sur le sol européen depuis le territoire turc, afin d’éviter le renforcement des contrôles policiers le long des îles de la mer Égée.
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Pour stopper les arrivées de migrants, Athènes a construit une barrière d’acier dans la région de l’Evros d’une longueur de 100 km. La Turquie a aussi commencé à ériger un mur début 2025 sur son sol. La construction de ce mur s’inscrit dans le cadre de l’accord signé en 2016 entre l’Union européenne et la Turquie pour que le pays garde les exilés sur son sol.

Dans cette zone, la Grèce a également investi ces dernières années dans un arsenal ultra-moderne : caméras thermiques et radars high-tech accrochés sur les pylônes le long de la frontière, et même deux canons sonores, positionnés au sud et au nord de l’Evros.
Comme en mer Égée, les autorités sont régulièrement accusées de refoulements de migrants dans cette région ultra-militarisée. La Grèce a toujours nié.
Des refoulements illégaux
En janvier 2025, Athènes a été épinglée par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) dans une affaire de « pushback ». Une première. La requérante, une Turque, avait été expulsée le jour-même de son arrivée en Grèce vers la Turquie – puis arrêtée et emprisonnée par les autorités turques. La CEDH a condamné la Grèce a lui verser 20 000 euros.
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Lors du verdict, la Cour a accusé la Grèce de se livrer à des « refoulements systématiques » de demandeurs d’asile vers la Turquie. Dans son arrêt, « la Cour estime qu’elle dispose d’indices sérieux laissant présumer qu’il existait (en 2019) une pratique systématique de refoulements par les autorités grecques de ressortissants de pays tiers depuis la région d’Evros vers la Turquie ».

En 2021, InfoMigrants avait rencontré un ex-policier grec aujourd’hui à la retraite qui a confirmé l’existence de refoulements illégaux dans le fleuve de l’Evros, entre la Turquie et la Grèce. « Les ‘pushbacks’ existent, j’ai moi-même renvoyé 2 000 personnes vers la Turquie », avait-il déclaré sous couvert d’anonymat. « Régulièrement, mes collègues m’appelaient pour me prévenir qu’ils allaient venir avec des migrants. Ils étaient généralement rassemblés par groupe de dix environ. Mon rôle était simple : je les faisais monter sur mon bateau, souvent à la tombée de la nuit et je les ramenais vers les côtes turques ».
Dans cette région aussi, il arrive que certains groupes restent coincés. En 2023, une cinquantaine d’exilés syriens, dont des femmes et des enfants, sont restés bloqués pendant trois semaines sur un îlot du fleuve Evros. « Le groupe a déclaré ne pas avoir d’eau potable et n’avoir presque plus de batteries de téléphone portable. Après avoir passé autant de temps bloqués sur cet îlot, ces gens sont manifestement dans un état de détresse avancé », avait déclaré un porte-parole d’Alarm Phone, en contact avec certains des migrants bloqués, à InfoMigrants. Le groupe avait finalement été secouru, après que la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a sommé les autorités grecques de leur porter secours.




