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L’Algérie a intercepté plus de 24 000 migrants sur son sol en 2025

En 2025, les autorités algériennes ont procédé à l’interpellation de 24 071 migrants en situation irrégulière. Lorsque les exilés sont interpellés en Algérie, ils sont généralement expulsés près de la frontière nigérienne et abandonnés dans le désert.

Les forces algériennes ont interpellé 24 071 migrants en situation irrégulière dans le pays au cours de l’année 2025, indique sans plus de précisions un communiqué du ministère de la Défense publié lundi 5 janvier.

Lorsque les exilés sont interpellés en Algérie, ils sont généralement expulsés près de la frontière nigérienne et abandonnés dans le désert. « Dès qu’il y a des rafles dans le pays visant les Noirs, les gens sont envoyés dans les zones désertiques », assure à InfoMigrants Azizou Chehou, coordinateur d’Alarme Phone Sahara (APS) au Niger, une association qui vient en aide aux migrants dans le désert.

L’Algérie a « recours à une politique d’arrestations arbitraires et d’expulsions collectives sur la base d’un profilage ethnique et racial », abonde Nadège Lahmar d’Amnesty International au micro de RFI.

Un chiffre sous-estimé ?

L’ONG doute du chiffre avancé par Alger, et pense qu’il est sous-estimé. « Cela ne reflète pas la réalité de la situation. Rien qu’entre janvier et mai 2025, environ 22 000 personnes ont été expulsées d’Algérie vers le Niger », signale à la radio Nadège Lahmar.

Du côté d’Alarme Phone Sahara aussi, on s’interroge. La plateforme est actuellement en train de travailler sur son rapport annuel des expulsions et selon Azizou Chehou, « il semblerait que le nombre total en 2025 dépasse celui de l’année précédente ».

En 2024, au moins 31 404 personnes avaient été envoyées vers la frontière nigérienne depuis l’Algérie, d’après les données d’APS. Du jamais vu. En 2023, l’association avait comptabilisé 26 031 refoulés.

« On observe depuis 2023 une augmentation des expulsions en chaîne, au cours desquelles des personnes sont expulsées [depuis la] Tunisie, souvent après des ‘pushbacks’ en mer, vers la frontière algérienne, puis par les forces de sécurité algériennes vers la frontière nigérienne », expliquait l’an dernier l’organisation.

Des expulsions violentes et mortelles

Depuis des années, les ONG dénoncent ces expulsions, qui sont contraires au droit international. Lorsqu’ils sont arrêtés, les migrants sont conduits jusqu’au Point zéro, au-delà de Tamanrasset, dans le sud de l’Algérie et livrés à eux-mêmes en plein désert. Sans eau ni nourriture, ils doivent parcourir à pied pendant des heures le chemin vers Assamaka, au Niger, où se trouve le centre de transit de l’Organisation internationale des migrations (OIM), le bras de l’ONU qui assiste les « retours volontaires » des migrants vers leur pays d’origine.

Le tricycle d'APS sur le "chemin" qui mène au Point-Zéro. Crédit: Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Le tricycle d’APS sur le « chemin » qui mène au Point-Zéro. Crédit: Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Depuis 2017, InfoMigrants a recueilli de nombreux témoignages d’exilés qui ont été expulsés d’Algérie après avoir été arrêtés dans leur quotidien ou bien à la suite d’une tentative de traversée de la Méditerranée avortée.

« Au bout de cinq ou six heures […], on nous a déposés dans le désert, il n’y avait rien autour. La police algérienne nous a crié : ‘Voilà Assamaka !’ en pointant le doigt vers l’horizon. ‘L’OIM, c’est tout droit’. On s’est mis en marche, je ne sais plus pour combien de temps. Tout ce dont je me souviens, c’est que j’étais épuisé, complètement à bout de forces. J’ai quand même réussi à faire la dizaine de kilomètres qui nous séparaient d’Assamaka », avait raconté fin 2024 un Sénégalais de 25 ans.

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Combien meurent sans laisser de traces ? « Nous ne pouvons pas savoir, malheureusement. Nous n’avons pas le matériel ou les véhicules adéquat pour aller les chercher dans le désert », expliquait à cette époque Azizou Chehou. Chaque année, de nombreux exilés disparaissent dans le Sahara. Ils peuvent se perdre, mourir de déshydratation, ou être victimes de groupes mafieux.

Amadou, un migrant contacté par InfoMigrants en juillet 2020, racontait avoir vu trois personnes mourir sous ses yeux dans le désert. « Ils étaient tellement fatigués qu’ils se sont effondrés au sol », avait expliqué le jeune Africain qui travaillait depuis deux ans en Algérie avant d’être arrêté.

En juillet 2024, l’ONU avait estimé que la traversée du Sahara était plus mortelle que la route de la Méditerranée. « Ou bien les passeurs se débarrassent des migrants, ou bien, ils tombent des camions pendant le trajet – et ils ne les attendent pas », avait expliqué Vincent Cochetel, responsable au Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) de l’ONU qui a aujourd’hui quitté ses fonctions. « Parfois aussi quand ils sont malades, les passeurs les abandonnent dans le désert. Tous ceux qui ont traversé le Sahara connaissent quelqu’un qui est mort là-bas. »

Sources: infomigrants

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