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Tunisie : libération de plusieurs humanitaires incarcérés pour aide aux migrants

Trois humanitaires de Terre d’asile Tunisie, la branche tunisienne de l’ONG française France terre d’asile, et deux membres du conseil municipal de Sousse (est de la Tunisie), jugés pour avoir « facilité l’entrée illégale et le séjour » de migrants, ont été libérés dans la nuit de lundi à mardi. Ils étaient en détention provisoire depuis près de deux ans. Au total dans cette affaire, l’ensemble des 23 personnes poursuivies ont écopé de sursis.

Après près de deux ans de prison en Tunisie, cinq personnes accusées d’aide au migrants ont retrouvé la liberté dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 janvier.

Au total dans cette affaire, 23 personnes étaient poursuivies par la justice tunisienne pour avoir « facilité l’entrée illégale et le séjour » de migrants, « aide à la circulation » et « entente dans le but d’héberger ou de cacher des personnes entrées clandestinement »; et encouraient jusqu’à 10 ans de prison. Selon le jugement, les accusés ont écopé de peine de prison avec sursis.

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Parmi les prévenus figuraient six humanitaires de la branche tunisienne de France terre d’asile et 17 membres du conseil municipal de Sousse (est de la Tunisie).

« Détention arbitraire »

Sherifa Riahi, ancienne directrice de l’ONG, et plusieurs de ses collègues étaient emprisonnés depuis plus de 20 mois. Le comité a publié sur Facebook une vidéo d’elle à sa sortie de prison et a indiqué que les autres travailleurs humanitaires avaient également été libérés.

« On ne peut pas décrire la joie qu’on ressent après tous ces mois de détention absurde et arbitraire », a réagi auprès d’InfoMigrants Me Seifallah ben Meftah, avocat de certains des accusés. « Ils n’ont rien fait d’incriminant et méritaient de retrouver la liberté ».

Les prévenus emprisonnés avaient été interpellés en mai 2024 en même temps qu’une dizaine d’autres travailleurs humanitaires parmi lesquels la militante antiraciste Saadia Mosbah, dont le procès s’est ouvert fin décembre.

Avant l’audience de lundi, le comité de soutien à Sherifa Riahi avait assuré que « toutes les accusations laissant supposer l’existence d’activités illégales et non conformes aux procédures de l’action humanitaire [avaient] été levées » pendant l’instruction. Il en est « de même » pour « les allégations relatives à des financements illicites, à des flux financiers suspects », selon le comité.

Leurs avocats soulignent qu’ils ont mené une action humanitaire d’aide aux demandeurs d’asile et migrants vulnérables dans le cadre d’un programme approuvé par l’État tunisien, en coordination directe avec le gouvernement.

Sur sa page Facebook, la rapporteuse des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, avait appelé dimanche les autorités tunisiennes à « remettre [Madame Riahi] en liberté plutôt que de la poursuivre sur la base d’accusations fallacieuses liées à sa défense des droits des migrants ».

Répression des organisations humanitaires

Ce procès s’inscrit dans un contexte de fort durcissement de la répression visant les organisations de la société civile et les opposants politiques en Tunisie. Le 24 novembre, le président du Conseil tunisien des réfugiés (CTR) et un chef de projet de la même ONG ont été condamnés par un tribunal de Tunis à deux ans de prison pour avoir participé à la « création d’une organisation » visant à « faciliter l’entrée clandestine » et l' »hébergement » de migrants. Mais ayant effectué l’essentiel de leur peine après environ 20 mois de détention, ils ont été libérés.

Mustapha Djemali et Abderrazek Krimi avaient, eux aussi, été arrêtés en mai 2024, aux côtés de Sherifa Riahi, dirigeante de l’association Terre d’asile et de la militante anti-raciste Saadia Mosbah de l’ONG Mnemty. D’autres ONG telles que Enfants de la lune, une ONG de défense des mineur·e·s à Médenine et l’Association pour la promotion du droit à la différence, ont également été la cible d’enquêtes pénales et d’arrestations arbitraires.

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En octobre, les autorités tunisiennes ont par ailleurs suspendu pour un mois les activités du Forum tunisien pour les droits économique et sociaux (FTDES), une des dernières organisations à s’impliquer dans l’aide aux migrants dans le pays. Fin novembre, l’association a indiqué sur sa page Facebook la reprise de ses activités.

La Tunisie est un point de passage clé pour des milliers de migrants d’Afrique subsaharienne cherchant chaque année à rejoindre clandestinement l’Europe par la mer.

En février 2023, le président Kaïs Saïed avait dénoncé l’arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays.

Les mois suivants, des milliers de Subsahariens avaient été rapatriés ou avaient fui par la mer pendant que des centaines d’autres étaient conduits par la police tunisienne aux frontières désertiques avec l’Algérie et la Libye, où au moins une centaine sont morts. Des pratiques qui perdurent encore aujourd’hui.

Sources: infomigrants

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