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Traversées illégales : des filets pour intercepter les canots de migrants dans la Manche

Selon Le Monde, les autorités françaises vont expérimenter un nouveau dispositif pour empêcher les départs de canots de migrants dans la Manche : déployer des filets dans l’eau pour neutraliser les hélices des moteurs des embarcations. Le ministère de l’Intérieur n’a pas confirmé ces informations.

Selon des informations divulguées mercredi 19 novembre par le journal Le Monde et Lighthouse reports (un organisme de journalisme collaboratif), les forces de l’ordre françaises s’apprêtent à expérimenter un nouveau dispositif pour stopper les embarcations illégales de migrants qui tentent de traverser la Manche. Comment ? En déployant dans l’eau des filets pouvant « neutraliser » les hélices des moteurs des « small boats » et ainsi les stopper.

« La manœuvre sera hyper difficile », reconnaît une source policière interrogée par Le Monde. Le risque majeur sera celui d’une collision entre le canot de migrants et le bateau intercepteur qui déploie le filet – en amont de l’embarcation. La manœuvre existe déjà pour lutter contre les navires de narcotrafic.

Une confusion des genres qui inquiète Amnesty International. « Le recours à des tactiques conçues pour arrêter les navires de contrebande de drogue à grande vitesse contre des canots pneumatiques surchargés et instables remplis de personnes en quête de protection est une approche intrinsèquement imprudente et dangereuse », dénonce l’ONG dans un communiqué publié mercredi.

Des gendarmes et des policiers sur la plage de Wimereux, le 4 septembre 2024. Crédit : Reuters
Des gendarmes et des policiers sur la plage de Wimereux, le 4 septembre 2024. Crédit : Reuters

Le sujet des interceptions dans la Manche n’est pas nouveau. Cet été, les autorités envisageaient déjà d’entrer dans l’eau pour stopper les embarcations. Mais elles se heurtaient au droit de la mer qui interdit à la police française d’intervenir dans l’eau, sauf pour mener des opérations de secours. En effet, les autorités sont pas supposées intervenir en mer afin d’éviter les mouvements de paniques et les noyades. Au mois de juin, le Comité interministériel de contrôle de l’immigration (CiCI) avait ainsi mandaté le secrétariat général de la mer (SGMer), qui coordonne l’action de l’État en mer, pour formuler une proposition visant à faire évoluer cette doctrine.

C’est donc chose faite, selon Le Monde. Le ministère de l’Intérieur n’a ni confirmé ni infirmé cette nouvelle procédure. Contactée par InfoMigrants, la Police aux frontières (PAF) dans le nord de la France a déclaré ce jeudi ne « pas être au courant » de ces nouvelles mesures d’interception.

« Ne jamais mettre en péril la vie des migrants »

Interrogé par InfoMigrants en décembre 2023, le procureur de la République de Saint-Omer avait émis des réserves au sujet des interceptions maritimes. « Le préfet a donné des consignes extrêmement claires aux forces de l’ordre sur le fait de ne jamais mettre en péril la vie des migrants », avait-il dit.

Des migrants tentent de monter à bord d'un canot pneumatique pour traverser la Manche, depuis la plage de Petit-Fort-Philippe à Gravelines, près de Calais, le 27 septembre 2025. Crédit : Reuters
Des migrants tentent de monter à bord d’un canot pneumatique pour traverser la Manche, depuis la plage de Petit-Fort-Philippe à Gravelines, près de Calais, le 27 septembre 2025. Crédit : Reuters

Selon Amnesty International, le risque létal est pourtant bien présent. « Répondre [aux traversées illégales] par des tactiques qui pourraient tuer [les migrants] n’est pas un contrôle des frontières, c’est une violation des obligations fondamentales découlant du droit humain à la vie », s’indigne le directeur du programme juridique d’Amnesty International au Royaume Uni, Tom Southerden, cité dans le communiqué.

Pour les associations de terrain présentes sur le littoral nord, cette procédure est « indigne ». « La France ne sait plus quoi inventer pour tenter de faire cesser les traversées de la Manche à la frontière franco-britannique, au risque de mettre encore plus en danger les personnes », a notamment réagi Utopia 56.

Le grand chaos des départs en mer

Intervenir dans l’eau – bien que le droit de la mer l’interdise, donc – ne serait pas inédit. Vendredi 4 juillet, la chaîne de télévision britannique BBC avait diffusé une vidéo tournée sur une plage française, près de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), montrant des gendarmes français intervenir pour empêcher un canot de migrants, déjà dans l’eau, de traverser la Manche. Sur les images, des forces de l’ordre, observant la scène stationnées sur le sable, enlèvent leur gilet par balle et leur ceinture, et accourent vers le canot, un cutter dans les mains. Les gendarmes lacèrent le bateau pour le mettre hors d’état de naviguer et ordonnent aux exilés de regagner la plage.

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Déjà plus de 20 migrants sont morts cette année en tenant de rejoindre l’Angleterre. Les départs de canots surchargés depuis les plages se déroulent dans un grand chaos car les migrants craignent d’être interceptés. Cela donne lieu à des bousculades parfois mortelles lorsque des personnes chutent dans l’eau, ne peuvent pas se relever ou ne savent pas nager.

« Dans la précipitation et la peur de se faire repérer par les forces de l’ordre, les migrants ne prennent plus le temps de correctement gonfler les pneumatiques que certains passeurs fournissent », expliquait aussi à InfoMigrants un membre d’Utopia 56 l’année dernière. « Par exemple, on constate que des migrants n’installent plus le sol rigide au fond des bateaux, or ce sol permet de maintenir le canot à flot. Sans, le bateau s’affaisse rapidement, il prend l’eau… On voit de plus en plus de personnes rentrer à la nage sur les plages ».

Sources: infomigrants

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