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« Vendanges de la honte » en Champagne : peine de prison confirmée en appel pour traite d’êtres humains

La cour d’appel de Reims, dans l’est de la France, a confirmé mercredi la condamnation à deux ans de prison ferme pour traite d’êtres humains d’une ex-dirigeante de société de prestations viticoles. Elle était accusée d’avoir exploité une cinquantaine de vendangeurs, souvent sans-papiers, dans le vignoble champenois en 2023.

Mercredi 4 mars, la principale prévenue dans l’affaire des « vendanges de la honte », condamnée en première instance en juillet dernier à quatre ans de prison dont deux avec sursis, a vu sa peine confirmée par la cour d’appel de Reims (est de la France) pour traite d’êtres humains, travail dissimulé et emploi d’étrangers sans autorisation.

Cette quadragénaire originaire du Kirghizistan, qui dirigeait l’ex-société de prestations viticoles Anavim, a été maintenue en détention.

Audience au tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne, le 19 juin 2025, concernant une affaire de traite des êtres humains lors des vendanges de septembre 2023. Crédit : Maïa Courtois/InfoMigrants
Audience au tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne, le 19 juin 2025, concernant une affaire de traite des êtres humains lors des vendanges de septembre 2023. Crédit : Maïa Courtois/InfoMigrants

Ses lieutenants, deux trentenaires essentiellement chargés du recrutement, ont vu, eux, leur peine légèrement allégée à un an de prison avec sursis chacun. Ils avaient été condamnés en première instance à un an de prison ferme et, respectivement, deux ans et un an de sursis.

La cour d’appel a aussi condamné les prévenus, comme lors du premier procès, à verser 4 000 euros à chacune des 53 victimes au titre de leur préjudice moral

En revanche, la société du viticulteur ayant fait appel à Anavim pour vendanger, la SARL Cerseuillat de la Gravelle, a été relaxée en appel.

« Comme des esclaves »

Des mois d’enquête avaient mis au jour des conditions d’hébergement et de travail sordides pour les migrants employés et permis d’identifier 57 victimes – en majorité des étrangers en situation irrégulière originaires du Mali, de Mauritanie, de Côte d’Ivoire ou encore du Sénégal. Chichement nourris, ces vendangeurs avaient été logés dans un bâtiment insalubre, avec des sanitaires répugnants et vétustes, des installations électriques dangereuses et des matelas au sol.

En septembre 2023, l’inspection du travail avait constaté dans cet hébergement mis à leur disposition par Anavim à Nesle-le-Repons, au sud-ouest de Reims, des conditions de vie portant « gravement atteinte » à leur sécurité, leur santé et leur dignité.

« Chaque matin on se réveillait vers 5h. À 6h, on partait dans les vignes, pour démarrer le travail vers 7h30/8h. Pour nous y amener, ils nous mettaient dans des fourgonnettes comme des animaux, il n’y avait pas de siège, rien, on ne pouvait pas respirer », avait confié à InfoMigrants Boureima Kanoute, l’une des 57 victimes.

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« Ils nous mettent dans un bâtiment abandonné, pas de nourriture, pas d’eau, rien du tout », avait également témoigné auprès de l’AFP Modibo Sidibe, l’un des vendangeurs, lors du procès. Une autre victime, Camara Sikou, avait répondu au tribunal qui lui demandait comment ils étaient traités : « Comme des esclaves ».

Une autre affaire similaire en Champagne

Une trentaine des 57 victimes sont venus mercredi dans un bus affrété par le syndicat CGT pour entendre l’arrêt de la cour d’appel. Leur avocat, Me Maxime Cessieux, a dit « sa satisfaction que la traite d’êtres humains ait été retenue, c’est le plus important » car « ces travailleurs ont été considérés comme des bêtes ».

Pour José Blanco, secrétaire général de l’intersyndicat CGT du Champagne qui les soutient depuis le début de l’affaire, les peines de prison « vont dans le bon sens ». « Le plus gros combat, ce sont les prestataires qui sont hors de France et ne sont pas régis par les mêmes codes », a-t-il souligné.

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Le Comité interprofessionnel des vins de Champagne (CIVC) s’est vu accorder 5 000 euros de dommages et intérêts pour « préjudice d’image ». Pour la première fois dans un procès sur la question des vendangeurs, le CIVC, qui représente 16 200 vignerons, 130 coopératives et 370 maisons de Champagne, était partie civile en première instance. « Nous nous devions de nous tenir aux côtés des victimes. On ne joue pas avec la santé et la sécurité des saisonniers. On ne joue pas non plus avec l’image de notre appellation », avait réagi le Comité après le jugement l’été dernier. « Nous nous porterons systématiquement partie civile si d’autres affaires donnent lieu à des poursuites judiciaires », avait-il ajouté.

Quant aux rémunérations non perçues par ces saisonniers, elles feront l’objet d’une audience ultérieure devant le conseil de prud’hommes. Aujourd’hui, les ex-vendangeurs peuvent néanmoins commencer une nouvelle vie : car être reconnu comme victime de traite peut donner accès à une carte de séjour de 10 ans. 

Quatre personnes travaillant à la récolte du raisin sont décédées lors de ces mêmes vendanges 2023 dans la région, lors d’un mois de septembre particulièrement chaud. Ce qui leur ont valu le surnom des « vendanges de la honte ».

Pendant ces mêmes vendanges de 2023 en Champagne, une autre affaire d’hébergement dans des conditions indignes, concernant une quarantaine de saisonniers ukrainiens, avait éclaté. Le 28 janvier 2026, le gérant de l’entreprise de prestation de services viticoles mis en cause a été condamné à trois ans de prison, dont deux ferme, et sa société a écopé d’une amende de 350 000 euros.

Sources: Infomigrants

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