Chypre : nombre record d’expulsions et de retours de migrants en 2025

À Chypre, le nombre d’expulsions de migrants a explosé en 2025, pour atteindre plus de 12 000 retours. Le pays renvoie désormais beaucoup plus d’exilés qu’il n’en accueille. Le gouvernement continue de durcir sa politique migratoire afin de réduire le nombre de demandes d’asile déposées ainsi que le nombre de migrants en situation irrégulière sur l’île.
En 2025, le nombre d’expulsions et de « retours volontaires » d’exilés a atteint un niveau jamais égalé à Chypre. Au total, 12 029 étrangers ont été expulsés de l’île l’année passée, selon les chiffres donnés par le vice-ministre de la Migration et de l’Asile chypriote Nicholas Ioannides, dans une interview accordée au média local Philenews le 11 avril.
Dans le détail, le gouvernement a enregistré « 11 610 retours de ressortissants de pays tiers » (« départs volontaires » et expulsions forcées compris) et 419 relocalisations de réfugiés vers d’autres pays de l’Union européenne (UE). Selon Nicholas Ioannides, « 70 % des retours en 2025 concernaient des personnes ayant bénéficié de programmes de ‘retour volontaire’ accompagnés ». Au premier trimestre 2026, plus de 2 000 retours ont déjà été recensés, ajoute-t-il.
Ces expulsions concernent principalement des exilés originaires de Syrie, puis d’Inde, du Nigeria, du Pakistan, du Népal ou encore du Bangladesh.
« Il s’agit du plus grand nombre de rapatriements jamais enregistré par la République de Chypre », se félicite le ministre. Avant d’ajouter : « Nous figurons parmi les trois premiers États membres de l’UE en termes de nombre absolu de retours. »
Dans le même temps, par rapport à 2022, les arrivées irrégulières ont diminué de 86 % et le nombre de nouvelles demandes d’asile de 87 %, précise-t-il. Selon les données du Service d’asile, qui relève du ministère de l’Intérieur chypriote, 4 600 personnes – dont un quart de Syriens – ont déposé une demande d’asile en 2025 dans la République de Chypre. Alors qu’en 2023, on comptait 10 662 nouvelles demandes d’asile.
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En 2025, le gouvernement chypriote a accordé le statut de réfugié à 470 personnes et la protection subsidiaire à 207. C’est 17 fois moins que le nombre de personnes expulsées. Parallèlement, il a rejeté 9 150 demandes d’asile, ce qui correspond à un taux de rejet de plus de 93 %, parmi l’un des plus élevés d’Europe.
Baisse du nombre de demandes d’asile en attente
Le vice-ministre de la Migration se réjouit également d’avoir pu ramener le nombre de demandes d’asile en attente de traitement à moins de 16 000, contre près de 24 000 en 2024. Le pays connaît en effet depuis plusieurs années un afflux important d’exilés sur son sol, « notamment à cause des régulations en Grèce et de la fermeture de la route des Balkans », expliquait en 2022 Elizabeth Kassinis, responsable du centre pour migrants de Caritas à Nicosie, à InfoMigrants. Résultat : d’abord peu préparées, les autorités se sont retrouvées « débordées » par les demandes d’asile.
Rapporté au nombre d’habitants, Chypre détient régulièrement le taux de demandes le plus élevé au sein l’UE. Par exemple, en 2024, 6 800 demandes d’asile y ont été déposées, soit une demande pour 138 habitants.
En réaction, le gouvernement a fait de la lutte contre l’immigration irrégulière une de ses grandes priorités, notamment afin de désengorger son système d’asile. Depuis peu, un amendement permet de « retirer le statut de protection subsidiaire aux étrangers qui constituent une menace pour l’ordre public et la sécurité », indique Nicholas Ioannides. Ces derniers mois, les autorités ont aussi largement mis l’accent sur les programmes de « retours volontaires » et ont renforcé leur politique d’expulsion, plutôt que l’accueil. Toujours dans l’optique de « réduire les flux des arrivées irrégulières ».
Selon le vice-ministre de la Migration, Nicosie poursuit également une surveillance accrue de ses frontières maritimes et de la Ligne verte, cette zone tampon qui sépare la partie nord de l’île, gouvernée par la Turquie, de la partie sud grecque, reconnue par la communauté internationale et membre de l’UE. « Aujourd’hui, 186 000 personnes étrangères résident légalement à Chypre », relève Nicholas Ioannides, sur une population d’un peu plus de 900 000 habitants.
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Le gouvernement chypriote bénéficie aussi de l’appui de l’UE. La Commission européenne a annoncé le 11 novembre 2025 que l’Italie, l’Espagne, la Grèce et Chypre allaient recevoir de l’aide pour répartir ailleurs dans l’Union au moins 30 000 demandeurs d’asile se trouvant actuellement sur leurs sols. La Grèce et Chypre « subissent une forte pression migratoire du fait du niveau disproportionné des arrivées au cours de l’année écoulée », avait alors déclaré la Commission.
Accusations de refoulements à la zone tampon
Cette île de la Méditerranée est une porte d’entrée de l’Union européenne pour des milliers de migrants chaque année. Souvent, la plupart des exilés arrivent par avion dans le nord de l’île, la partie turque. Ils tentent ensuite de rejoindre la partie sud, via la zone tampon qui sépare les deux territoires. D’autres, en majorité des migrants syriens, atteignent Chypre après une dangereuse traversée de la mer depuis le Liban.
Chypre, l’État le plus à l’est de l’Union européenne (UE) et le plus proche du Moyen-Orient, se trouve en effet à environ 160 km à l’ouest des côtes libanaises ou syriennes. L’île est ainsi devenue une destination privilégiée pour cette population.

Toutefois, les autorités chypriotes sont régulièrement pointées du doigt pour des cas de refoulements de migrants à la frontière et pour avoir empêché des exilés de traverser la Ligne verte vers la partie sud de l’île. Lors de l’été 2024, la Commission européenne avait rappelé à Chypre son « obligation » à fournir un accès à la procédure d’asile en vertu « du droit d’asile et du respect de la Convention de Genève ».
À l’époque, des dizaines de migrants étaient bloqués dans la zone tampon de l’île et étaient empêchés, de fait, de déposer leur demande de protection internationale, contraints à patienter dans ce no man’s land sous une chaleur étouffante, avec pour seuls abris des tentes de l’ONU et des seaux d’eau pour se laver.
InfoMigrants s’était rendu sur place pour rencontrer ces exilés bloqués, qui attendaient désespérément de pouvoir, enfin, accéder à leurs droits.
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En septembre 2020, Human Rights Watch (HRW) avait de son côté dénoncé dans un rapport le « pushback » d’environ 200 personnes, réparties sur sept embarcations, en moins de 10 jours. Les migrants étaient partis de Tripoli, au Liban, et s’étaient vu refuser le dépôt de leur demande d’asile, parfois dans la violence, par les autorités chypriotes.
Par ailleurs, en octobre 2024, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) avait condamné Chypre pour l’interception en mer en 2020 de deux Syriens, renvoyés vers le Liban sans avoir la possibilité de demander l’asile. L’institution avait alors rappelé, une nouvelle fois, que ces refoulements sont illégaux au regard du droit international.
Sources: Infomigrants




