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Au Luxembourg, des temps d’attente qui s’allongent pour les demandeurs d’asile, en particulier les Syriens

Le délai d’attente avant de recevoir une réponse à sa demande de protection internationale s’allonge à 13 mois en moyenne au Luxembourg. Un délai en hausse ces dernières années, qui va de pair avec une moindre protection des Syriens et des mesures restreignant l’accueil, bien que le Luxembourg figure encore parmi les pays les plus accueillants de l’Union européenne au prorata de sa population.

En 2025, les autorités luxembourgeoises ont mis en moyenne plus de 13 mois pour délivrer ou refuser le statut de réfugié aux demandeurs d’asile. Ce temps d’attente augmente ces dernières années, alerte la presse luxembourgeoise, notamment les médias Virgule et Le Quotidien. En 2021 et 2022, cette moyenne plafonnait à 10 mois.

Surtout, le nombre de demandeurs d’asile ayant dû attendre le maximum théoriquement prévu par la loi luxembourgeoise, à savoir 21 mois, est en augmentation. En 2024, 851 personnes ont attendu entre 18 et 21 mois pour obtenir une décision, contre seulement 146 l’année précédente. En 2025, 222 personnes ont même dû attendre plus de 21 mois pour obtenir une décision : un record au cours des sept dernières années, retrace le média Virgule.

Plusieurs dizaines de personnes se sont d’ailleurs rassemblées début février, à l’appel de l’organisation SoriiaLina, devant la Direction de l’immigration. « Ma demande a été enregistrée le 27 mars 2023. Ça va bientôt faire trois ans que j’attends », a raconté l’un des manifestants, Abdulrahman Faroukh, ingénieur électricien de 31 ans, au quotidien L’Essentiel. « Tant que je n’ai pas obtenu le statut de réfugié, je ne peux pas faire reconnaître mon diplôme. Je travaille comme chauffeur et je dois m’en contenter (…) J’ai une fille de deux ans et deux mois que je n’ai encore jamais vue et je ne peux même pas aller voir mes sœurs en Allemagne ou en Belgique. Je suis dans une immense prison. »

La reprise au compte-goutte de l’examen des demandes syriennes

Comme ce jeune homme, la plupart des manifestants de février étaient d’origine syrienne : le gel temporaire des examens des demandes d’asile syriennes constitue en effet le facteur explicatif majeur. À la chute du gouvernement de Bachar al-Assad en décembre 2024, plusieurs États membres avaient suspendu ces examens, le temps de revoir leur procédure. À ce moment-là, 864 demandes d’asile émanant de réfugiés syriens étaient en cours de traitement, selon l’Intérieur luxembourgeois. L’association luxembourgeoise Passerell avait alors dénoncé une suspension qui promettait de « faire traîner les décisions d’asile indéfiniment ».

De fait, leur reprise se fait au compte-goutte depuis l’été 2025. Actuellement, 550 Syriens attendent encore une décision concernant leur demande d’asile, relève le média Virgule. Le gouvernement espère finir le traitement de ces demandes retardées « d’ici l’automne 2026 ».

Léon Gloden, le ministre des Affaires Intérieures, a confirmé à l’occasion d’une question parlementaire que les Syriens, depuis ce dégel, ne bénéficient plus automatiquement du statut de réfugié : « On ne peut plus affirmer qu’il existe en Syrie une situation sécuritaire qui se soit détériorée au point de justifier l’octroi d’un statut de protection internationale au seul motif que la personne est originaire de ce pays. »

Les Érythréens (environ 18 %) puis les Syriens (environ 10 %) constituent toujours les premières nationalités à demander l’asile au Luxembourg, selon les statistiques gouvernementales parues fin 2025.

Restrictions des mesures d’accueil

Le Luxembourg recevait entre 2 000 et 2 600 demandes d’asile chaque année, depuis 2022. Il s’agit du septième État membre de l’Union européenne (UE) en terme de nombre de demandes d’asile reçues par habitant en 2025, souligne L’Essentiel. Un peu moins de la moitié (de 900 à 1000) recevaient jusqu’ici une issue positive en première instance.

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Mais l’année 2025 a connu une baisse des demandes, avec un peu plus de 1 700 dossiers reçus. L’un des facteurs explicatifs pourrait encore se trouver du côté des Syriens, pris dans des délais d’attente allongés : « En 2025, 462 Syriens ont renoncé à leur demande d’asile. Ils ont obtenu un permis de séjour en tant que ‘membre de famille’, car ils étaient venus au Luxembourg dans le cadre d’un regroupement familial », expliquait le ministère des Affaires intérieures à l’Essentiel en février.

Le nombre de réponses positives a également chuté à 615, toujours selon Eurostat, soit un taux de protection en première instance de 36 % – contre près de 45 % jusqu’en 2023.

« Depuis 2023 et l’arrivée du nouveau gouvernement de droite, on observe un raidissement. Le Luxembourg s’aligne aujourd’hui avec la ligne dure de la plupart des pays européens en matière d’immigration de citoyens de pays tiers, alors qu’il était considéré comme l’un des pays les plus progressistes sur ces questions », retrace Sérgio Ferreira, directeur politique de l’Association de soutien aux travailleurs immigrés (ASTI) auprès de Vues d’Europe, le magazine produit par France Terre d’Asile.

Si le Luxembourg demeure l’un des pays européens qui accueille le plus de demandeurs de protection internationale au prorata de sa population, de plus en plus de mesures restreignent néanmoins leur accueil. « Par exemple, en octobre 2023, le gouvernement a créé une liste d’attente pour contrôler l’accès aux structures d’accueil des hommes seuls qui ont déjà fait une demande d’asile dans un autre pays européen, laissant ce groupe de personnes à la rue ou l’obligeant à recourir aux dispositifs pour le sans-abrisme », explique Sérgio Ferreira.

Un projet de loi pour appliquer le Pacte européen et « réduire les délais procédures »

Le gouvernement luxembourgeois prévoit dans les prochains mois un projet de loi pour inscrire le Pacte asile et migration européen dans sa législation nationale. Ce projet de loi sera l’occasion d’accélérer les traitements de la demande d’asile en instaurant une « réorganisation des critères de détermination de l’État membre responsable et la réduction des délais de procédure », a souligné Jean-Paul Reiter, directeur général de l’Immigration, rapporte l’Essentiel.

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Comme partout dans l’UE, l’application du Pacte va surtout implanter une procédure de filtrage qui devrait concerner mensuellement au Luxembourg environ 350 ressortissants de pays tiers, estime l’Intérieur. Objectif : « Établir l’identité des personnes le plus rapidement possible, les soumettre à un contrôle de santé, de sécurité et de vulnérabilité et orienter ces personnes vers la procédure appropriée le plus vite possible », a résumé le ministre Léon Gloden.

La seule frontière extérieure au Luxembourg est l’aéroport Luxembourg-Findel, où s’appliquera ce « screening ». Il pourra aussi être effectué, comme dans les autres États membres, sur le territoire en cas d’interpellations de ressortissants de pays tiers ne possédant pas sur eux de document valable.

Sources: Infomigrants

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