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Baisse des passages à la frontière entre Pologne et Biélorussie : « Les itinéraires dangereux seront plus fréquentés »

Le gouvernement polonais a communiqué sur une baisse des tentatives de franchissement de sa frontière avec la Biélorussie de 96 % en quatre ans. Un bilan attribué au renforcement militaire de la frontière, avec un mur long de près de 200 km, et à la suspension du droit d’asile. L’organisation d’aide aux exilés Grupa Granica, tout en nuançant ces chiffres officiels, estime que cette politique pousse les migrants à emprunter des itinéraires alternatifs et à accroître la mainmise des réseaux de trafiquants.

En trois mois, seules 158 tentatives de franchissement de la frontière entre la Biélorussie et la Pologne ont été enregistrées. Le ministère de l’Intérieur et de l’Administration vient de communiquer son bilan du premier trimestre 2026, saluant des tentatives en forte baisse. Le ministère affirme avoir enregistré 3 306 tentatives de franchissement au cours de la même période en 2022. Soit, en quatre ans, une baisse est de 96 %.

Selon les autorités, cela s’explique par des « investissements accrus dans la protection des frontières nationales », rapporte Euronews. Ainsi que par les nouvelles dispositions légales introduites en Pologne, notamment la suspension temporaire du droit d’asile.

Pour rappel, alors qu’une telle disposition contrevient au principe même du droit d’asile consacré par la Convention de Genève, Varsovie a reçu le feu vert de la Commission européenne le 11 décembre 2024 pour l’adopter. La Commission avait ouvert la possibilité de limiter le droit fondamental de demander l’asile dans des circonstances « exceptionnelles », pour les États de l’Union européenne (UE) « instrumentalisés » par la Russie par le biais de ce qui a alors été qualifié de « menace hybride ».

Depuis 2021, Varsovie accuse Minsk de coorganiser avec Moscou l’afflux de migrants destiné à déstabiliser la Pologne et l’Union européenne. En juillet 2022, Varsovie avait inauguré une barrière d’acier haute de 5,5 mètres et longue de 186 km sur la frontière séparant la Pologne et la Biélorussie.

Dans son communiqué du 5 avril, le ministère assure que les investissements dans les infrastructures frontalières le long de la frontière avec la Biélorussie vont se poursuivre, de même que les contrôles temporaires aux frontières avec l’Allemagne et la Lituanie.

« La suspension du droit d’asile a livré ces personnes à la mafia »

Du côté des organisations d’aide aux exilés sur le terrain, on nuance ces annonces gouvernementales et on met en avant une situation très fluctuante à la frontière biélorusse. « En hiver, la route est désertée, la forêt est endormie. C’est à peine le printemps. Nous ignorons ce qui se passera dans un mois », expose Joanna Sarnecka, membre de l’organisation Grupa Granica.

Lors de la saison hivernale, les passages vers la Pologne sont d’ordinaire plus faibles que le reste de l’année, rappelle l’activiste. « Les gens sont transportés à Minsk, où ils sont retenus dans des appartements aménagés par des passeurs. Ils savent que les risques de la traversée hivernale sont trop importants. »

Dans ces appartements de la capitale biélorusse, les personnes survivent « dans des conditions précaires, sans accès aux soins médicaux, et encore moins à une aide juridique. Il y a aussi des femmes, parfois enceintes. Il arrive que des personnes subissent des violences. Elles sont, en réalité, prises en otages », décrit-elle.

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Grupa Granica dénonce le fait que le gouvernement polonais ignore le sort de ces personnes en Biélorussie en « prétendant que si quelqu’un n’entre pas en Pologne, ce n’est pas notre responsabilité s’il meurt ou subit des violences. Or, c’est aussi notre responsabilité. La suspension du droit de demander une protection internationale, qui dure depuis un an, a livré le sort de ces personnes à la mafia », estime Joanna Sarnecka.

Tunnels sous la frontière : « les gens sont désespérés et continuent de chercher une solution »

Pour contourner le mur à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, ces réseaux de trafiquants organisent parfois le passage via des tunnels. En 2025, les autorités polonaises ont découvert quatre tunnels situés sous la frontière avec la Biélorussie afin de faire traverser en toute discrétion des exilés en Pologne.

Le dernier découvert était un tunnel de 100 mètres de long et d’environ 1,5 mètre de hauteur, dissimulé sous un tapis de feuilles, dont la sortie se trouvait à seulement 10 mètres de la ligne frontalière côté polonais, dans les environs de Narewka. Une centaine d’exilés l’auraient emprunté, avaient déclaré le 12 décembre les gardes-frontières polonais dans un communiqué.

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Si la baisse des passages se prolonge, ce sera seulement le signe que les routes empruntées pour sortir de Biélorussie évoluent, souligne Joanna Sarnecka : « Les gens marchent, empruntant un itinéraire légèrement différent, mais cet itinéraire est large et ne traverse pas seulement la Pologne. Si ce n’est pas vers le nord, c’est vers le sud ou le centre. La situation évolue constamment : les gens sont désespérés, donc ils continuent de chercher une solution. Les itinéraires dangereux seront probablement plus fréquentés. »

Un tunnel vient par exemple d’être découvert en Lituanie, lundi 6 avril. Trente exilés ont été interpellés par les gardes-frontières lituaniens, après avoir été repérés par des caméras de surveillance, alors qu’ils sortaient du tunnel débouchant sur une grotte souterraine.

Des gardes-frontières, des maîtres-chiens, un hélicoptère, des drones et des policiers ont été mobilisés. Contacté par InfoMigrants, le ministère lituanien de l’Intérieur a confirmé que ces personnes venues de Biélorussie pour entrer sur le territoire lituanien étaient originaires principalement d’Afghanistan, d’Irak et du Pakistan.

Si le communiqué de presse des gardes-frontières qualifie cette situation d' »infraction inhabituelle à la frontière », c’est déjà la seconde fois qu’un tel dispositif est mis au jour. Un premier tunnel avait été découvert l’an dernier en Lituanie.

Sources: Infomigrants

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