Grèce : 24 travailleurs humanitaires acquittés d’accusations de trafic de migrants

La militante et réfugiée syrienne Sara Mardini et 23 autres travailleurs humanitaires ont été acquittés jeudi soir par le tribunal de Lesbos d’accusations de trafic de migrants. Ce procès, largement médiatisée, est devenu au fil des années le symbole de la criminalisation de l’aide aux migrants en Grèce.
« Tous les accusés sont acquittés ». Jeudi 15 janvier dans la soirée, Vassilis Papathanassiou, le président de la cour criminelle de Mytilène, chef-lieu de l’île de Lesbos, a annoncé la relaxe de l’ensemble des 24 travailleurs humanitaires poursuivis en Grèce pour trafic de migrants.
Le jugement intervient presque un mois après le début de leur procès et marque la fin de l’aventure judiciaire de ces militants inculpés en 2018 à Lesbos, porte d’entrée à l’époque en Europe des dizaines de milliers de personnes fuyant surtout la guerre en Syrie.
Ils étaient accusés des crimes de « constitution d’une organisation criminelle », et de « facilitation illégale de l’entrée de ressortissants étrangers de pays tiers en Grèce ». Ils encouraient jusqu’à 20 ans de prison.
Les missions de ces humanitaires, membres de l’ONG de recherche et de sauvetage Emergency response center international (Erci) consistaient en des patrouilles le long des côtes grecques entre 2016 et 2018, jumelles à la main, à la recherche de bateaux en détresse, mais aussi en des interventions au large lorsque la situation le nécessitait. Et, la majeure partie du temps, en des gestes simples et « des sourires » adressés aux migrants fraîchement débarqués, expliquaient les militants.

Parmi les accusés, figurait Sara Mardini : cette célèbre réfugiée syrienne qui vit à Berlin s’est fait connaître en 2015 pour ses exploits en mer Égée, lorsqu’elle a, avec sa nageuse olympique de sœur Yusra, aidé à amener le bateau de migrants sur lequel elle se trouvait jusqu’à Lesbos, en nageant à côté, et sauvant ainsi les passagers. Celle dont le parcours a inspiré le film « Les Nageuses » était revenue en 2016 sur l’île, cette fois-ci non plus en tant que migrante, mais comme sauveteuse bénévole au sein d’Erci.
L’autre figure de proue des accusés est Sean Binder, un ressortissant allemand qui a commencé à faire du bénévolat pour Erci en 2017. Tous deux ont été arrêtés en 2018 et ont passé plus de 100 jours en détention provisoire avant d’être libérés dans l’attente de leur procès.
« Si aider les gens est un crime, alors nous sommes tous des criminels »
Pour Vassilis Papathanassiou, l’objectif de ces travailleurs humanitaires n’était pas « de perpétrer des actions criminelles mais de venir à l’aide humanitaire ». Quelques heures auparavant, le procureur Dimitris Smyrnis avait également proposé leur acquittement soulignant qu' »aucun fondement autonome établissant la responsabilité pénale des prévenus n’a été démontré ».
À la sortie du palais de justice tard jeudi soir, les accusés avec leurs avocats se sont embrassés avant de se diriger vers la plage proche pour célébrer, selon un journaliste de l’AFP. « Sauver des vies humaines n’est pas un crime », a lancé Sara Mardini, émue. « Nous n’avons rien fait d’illégal car si aider les gens est un crime, alors nous sommes tous des criminels », a-t-elle ajouté.
Ce procès, largement médiatisé, était scruté par les défenseurs des droits. Il est devenu au fil des années le symbole de la criminalisation de l’aide aux migrants en Grèce.
« Cette affaire illustre de façon frappante une tendance inquiétante en Europe : la criminalisation de la solidarité envers les personnes en déplacement », avait estimé la veille de l’ouverture du procès dans un communiqué Human Rights Watch (HRW). « Le parquet les harcèle depuis sept ans pour avoir sauvé des vies en mer, tandis que le Parlement européen a qualifié cette affaire de ‘plus grand cas de criminalisation de la solidarité en Europe' », avait rappelé l’ONG.
Jeudi soir, HRW a salué dans un communiqué ce verdict, mais n’a pas manqué de dénoncer une nouvelle fois ce procès : « Ces acquittements étaient une victoire pour les accusés, mais ils sont aussi amers » vu « le calvaire judiciaire de sept ans sur la base d’accusations infondées pour avoir sauvé des vies », a déclaré Eva Cossé, chercheuse senior au sein de l’ONG.
Cet acquittement est « certes important, mais probablement insuffisant. Le ministère public a choisi de poursuivre les accusations criminelles après qu’un autre tribunal a rejeté les fausses accusations de délit dans la même affaire », a également rappelé HRW dans son communiqué.
Il s’agit du second procès de ces sauveteurs bénévoles en Grèce. En 2024, ils avaient été relaxés dans une autre procédure de délits relatifs à leur action humanitaire, notamment d' »espionnage ».
L’avocat de Sara Mardini, Zaharias Kesses a quant à lui qualifié d' »inacceptable » pour le système judiciaire pénal grec que « des affaires aussi retentissantes ne se concluent pas plus tôt ». Selon lui, l’objectif de l’accusation des bénévoles « était de criminaliser l’aide humanitaire et d’éliminer les organisations humanitaires. Avant cette affaire, des milliers de bénévoles se trouvaient à Lesbos alors que depuis cette affaire, ils ne sont plus que quelques dizaines ».
Sources: infomigrants




