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Route des Canaries : près de 700 migrants secourus en une semaine au large du Sénégal

Les autorités sénégalaises ont porté assistance à 683 migrants lors de trois opérations de sauvetage survenues au large de Dakar entre lundi 22 et samedi 27 septembre. Les trois pirogues avaient pris la mer depuis « un pays voisin », selon la marine sénégalaise. Ces derniers mois, de plus en plus de départs vers l’archipel espagnol des Canaries sont enregistrés depuis les côtes gambiennes.

La semaine dernière a été chargée pour la marine sénégalaise : 683 migrants ont été secourus lors de trois opérations de sauvetage au large de ses côtes en seulement quelques jours. La première opération s’est déroulée lundi 22 septembre quand « 259 candidats à l’émigration irrégulière » ont été pris en charge à 100 km de Dakar, a indiqué la marine sur le réseau social X.

Jeudi, les forces sénégalaises ont porté assistance à 142 autres personnes à 120 km de la capitale. Et enfin, 282 exilés ont été secourus samedi « au large de Dakar », toujours selon la marine nationale.

Ces trois pirogues avaient pris la mer depuis « un pays voisin », ont affirmé les autorités, sans donner plus de précisions.

Depuis plusieurs mois, les migrants désirant rejoindre les Canaries espagnoles sont de plus en plus nombreux à prendre la mer depuis la Guinée ou la Gambie. « Ce récent déplacement est dû au resserrement d’autres voies migratoires : celle du Maroc depuis un moment, et plus récemment celle de la Mauritanie et même du Sénégal du fait des contrôles accrus sur les côtes », explique à InfoMigrants Delphine Perrin, spécialiste des politiques migratoires africaines.

Mais partir de Gambie ou de Guinée multiplie les risques en mer pour les migrants. « Les voyages sur l’Atlantique sont déjà risqués. La distance est importante – il faut entre 4 et 7 jours de navigation si tout se passe bien [pour rejoindre l’archipel espagnol] -, ce qui accroît les risques de se perdre en mer, de chavirer ou de souffrir de la faim, de la soif ou de malaise, d’autant que le comportement des passeurs peut accroître le danger », affirme Delphine Perrin. Les ONG alertent régulièrement sur les « bateaux fantômes », ces embarcations qui errent en mer et qui disparaissent sans laisser de traces.

Démantèlement d’un réseau de passeurs

Si la route migratoire vers les Canaries semble se déplacer plus au sud, les départs depuis le Sénégal continuent également. Jeudi, la police sénégalaise a annoncé sur Facebook l’arrestation d’un homme suspecté d’être un passeur. Ce dernier a été interpellé alors qu’il tentait de faire embarquer dans une pirogue 16 migrants à Missirah, au sud-ouest du Sénégal.

Les premiers éléments de l’enquête ont mis au jour un réseau structuré opérant entre la Gambie et le Sénégal : les migrants, de nationalité gambienne, ont expliqué aux policiers avoir payé leur voyage depuis leur pays d’origine à deux recruteurs gambiens, « considérés comme les principaux organisateurs », peut-on lire dans le communiqué de la police. « Certains ont également révélé que les organisateurs leur avaient fourni le numéro de téléphone d’un directeur d’école de Betenty, résidant à Missirah, qui devait les accueillir et les aider à poursuivre leur périple » vers les Canaries.

Le suspect a avoué son rôle actif dans le réseau mais a affirmé que « l’argent avait été directement versé aux organisateurs » et qu’il n’avait perçu aucune rémunération. « En échange, [les organisateurs] lui auraient offert une place dans la pirogue, qu’il aurait mise à la disposition de son neveu », signale le communiqué. Par ailleurs, le fils du suspect a déjà été « transporté gratuitement en Europe par les mêmes organisateurs l’année précédente », ajoute la police.

Une traversée de l’Atlantique périlleuse

Le Sénégal a multiplié cette année les interpellations de ce type. Selon le Comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière (CILMI), 1 946 migrants ont été interpellés, 74 convoyeurs arrêtés et 32 pirogues saisies par les forces de sécurités sénégalaises durant le premier semestre 2025.

« La surveillance renforcée des côtes commence à porter ses fruits », a souligné le secrétaire permanent du CILMI Modou Diagne, saluant notamment les avancées réalisées dans le démantèlement des filières de passeurs et l’intensification de la répression à leur encontre.

Des migrants débarquent au port d'Arguineguin, à Grande Canarie, le 27 septembre 2024. Crédit : Reuters
Des migrants débarquent au port d’Arguineguin, à Grande Canarie, le 27 septembre 2024. Crédit : Reuters

En 2024, le Sénégal est devenu le second pays de départ vers les Canaries, selon le rapport de la Sécurité nationale espagnole. Et si d’autres nationalités prennent la mer depuis les côtes sénégalaises, les ressortissants sénégalais sont particulièrement nombreux à tenter de rejoindre l’archipel espagnol depuis leur pays. L’an dernier, près de 12 000 Sénégalais sont montés dans des pirogues pour rejoindre de manière irrégulière les Canaries.

Dans un pays touché par un chômage de masse et une crise économique ainsi que par la raréfaction des poissons due à la surpêche, des milliers de jeunes Sénégalais ne trouvent pas d’autres alternatives à la traversée de l’Atlantique, malgré les risques en mer. Il faut au moins cinq jours de navigation pour parcourir les 1 500 km qui séparent le pays de l’archipel espagnol, dans des conditions décrites comme terribles par les survivants, à la merci de la faim et de la soif, du soleil, des intempéries et des avaries.

Cela en fait l’une des routes les plus meurtrières avec de fréquents naufrages recensés. Plus de 10 400 migrants sont morts ou ont disparu en mer en tentant de rejoindre l’Espagne en 2024, selon l’ONG Caminando Fronteras. Un chiffre sous-estimé car de nombreuses embarcations perdues en mer ne sont jamais retrouvées. Au cours des cinq premiers mois de 2025, un total de 1 482 décès a été comptabilisé par l’ONG sur cette route.

Sources: infomigrants

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