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Méditerranée : en 2025, plus de 26 000 migrants ont été interceptés en mer et ramenés de force en Libye

Au cours de l’année 2025, au moins 26 635 migrants ont été interceptés en mer par les gardes-côtes libyens et ramenés à terre dans le pays, selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations. Un nombre en hausse constante ces trois dernières années alors que la Libye est toujours pointée du doigt pour les dangers que les migrants y encourent.

Cette année encore, le nombre d’interceptions de migrants en Méditerranée centrale par les gardes-côtes libyens a progressé. Au moins 26 635 personnes ont été interceptées en mer et ramenées de force en Libye en 2025, selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) publiés le 22 décembre. Parmi elles, figurent au moins 23 126 hommes, 2 336 femmes et 965 enfants.

En 2024, 21 762 personnes avaient été interceptées en mer et ramenées en Libye. En 2023, elles étaient 17 190.

Ces exilés – originaires d’Afrique subsaharienne pour beaucoup – prennent la mer dans des embarcations de fortune dans l’espoir de rejoindre l’Union européenne (UE) et notamment l’île italienne de Lampedusa, située à seulement 300km des côtes d’Afrique du Nord.

Des interceptions régies par l’accord de 2017

Mais depuis 2017, en vertu d’un accord conclu entre la Libye et l’Italie et soutenu par Bruxelles, l’Europe confie aux autorités libyennes la charge de la coordination des sauvetages au large de leurs côtes. Une tâche qui incombait auparavant au centre de coordination des sauvetages en mer de Rome ou de La Valette, à Malte. Pour se faire, l’accord de 2017 prévoit que l’Italie équipe et forme les autorités libyennes pour intercepter les exilés en Méditerranée. Cet accord est sans cesse dénoncé par les ONG de défense des droits de l’Homme depuis sa signature.

Les interceptions ont été, à de nombreuses reprises, émaillées de violences. Les Libyens sont régulièrement accusés de faire usage d’armes à feu lors de ces opérations. En février 2022, un migrant est mort et trois autres ont été blessés après des tirs des forces libyennes en direction de leur embarcation. Des navires humanitaires d’ONG ont également déjà été pris pour cible par des tirs libyens.

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Certaines interventions en mer ont même abouti à des drames. Le 6 novembre 2017, près de 20 personnes, des hommes, des femmes et des enfants, se sont noyées en Méditerranée en raison de l’inaction des autorités libyennes et de leur amateurisme.

« Le bateau [des gardes-côtes] est arrivé à toute vitesse, les vagues étaient si fortes, les gens [à bord de l’embarcation de fortune] sont tombés à l’eau », avait déclaré un survivant de ce naufrage au New York Times. Dans une vidéo récupérée par le quotidien américain, on voyait que les migrants qui parvenaient à rejoindre la vedette libyenne étaient frappés. Les autres, qui se débattaient dans l’eau, étaient abandonnés à leur sort. Aucun canot de sauvetage n’était mis à l’eau.

La détention en Libye : « Un enfer »

Les exilés ramenés contre leur gré en Libye se retrouvent généralement en prison où ils sont soumis à des traitements inhumains (tortures, passages à tabac, humiliations, viols, voire assassinats) dénoncés par de multiples organisations internationales.

Depuis des années, la rédaction d’InfoMigrants reçoit des messages de personnes retenues captives en Libye et soumises à toutes sortes de tortures.

Fin novembre, Laurent, un Camerounais de 21 ans, a raconté à InfoMigrants avoir été arrêté en mer par des gardes-côtes libyens sur le bateau sur lequel il se trouvait avec plus de 80 personnes. De l’interception en mer à son emprisonnement, tout dans son témoignage illustre les violences dont sont victimes les exilés dans le pays.

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« [Quand] on a été ramenés au port de Zaouïa […] [les Libyens] nous ont ordonné de nous asseoir par terre et ont volé nos téléphones et notre argent. Tu ne peux rien dire car si tu parles, tu risques de te prendre une balle dans la tête […] », avait témoigné le jeune homme.

Transféré dans une prison de la ville, il avait décrit une vie « en enfer ». « On était environ 40 personnes par cellule, collés les uns aux autres. Les toilettes étaient extrêmement sales et il n’y avait pas de douches. L’eau n’était pas potable. Une fois par jour, le soir, les gardiens distribuaient un plat de pâtes et un morceau de pain. C’est tout ce qu’on mangeait pendant 24 heures », avait-il détaillé.

La Libye est en proie au chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Les groupes armés n’hésitent pas à kidnapper des migrants d’Afrique subsaharienne en pleine rue, sur la route de l’exil ou dans leur appartement, à filmer les tortures qu’ils leur infligent dans le but d’extorquer de l’argent à leurs proches. Il n’est pas rare non plus que des gardiens des centres de détention officiels revendent eux-mêmes des migrants à des trafiquants.

Sources: infomigrants

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