Uncategorized

Union européenne : quatre questions sur les « hubs de retour » de migrants

L’Union européenne devrait bientôt permettre à ses États membres de créer des « hubs de retour » dans des pays tiers, qui auront pour but d’accueillir les étrangers en situation irrégulière expulsés du territoire européen. Le texte est considéré comme une avancée en matière de politique migratoire par la droite et l’extrême droite, et comme un recul pour les droits humains par la gauche. Explications.

Les Européens se sont mis d’accord : les premiers « hubs de retour » pourraient voir le jour dès cette année. Les États membres de l’Union européenne (UE), la Commission européenne et le Parlement européen ont trouvé un accord, lundi 1ᵉʳ juin, pour donner la possibilité aux États de créer des centres de rétention dans des pays à l’extérieur de l’UE qui auront vocation à accueillir les migrants en situation irrégulière expulsés d’Europe, notamment les personnes déboutées du droit d’asile.

Le compromis trouvé lundi soir devra être voté une dernière fois par le Parlement européen et les États membres dans les prochaines semaines.

Le Danemark, l’Autriche ou l’Allemagne font partie des pays qui ont poussé pour la création de ces « hubs de retour », tandis que l’Espagne s’y est opposée et que la France s’est montrée sceptique, les deux pays y voyant une menace pour le respect des droits humains.

Au-delà de la possibilité de créer ces centres de rétention, le cœur de la loi se trouve plutôt dans les « flexibilités » mises en place pour accélérer les expulsions. Le texte prévoit des sanctions plus strictes pour les migrants refusant de quitter le sol européen, comme des saisies de documents d’identité ou une durée de détention prolongée jusqu’à 24 mois. Le renvoi des migrants contre leur gré serait aussi accompagné d’une durée d’interdiction d’entrée dans l’UE allongée à dix ans, contre cinq ans actuellement, voire 20 ans.

Mais ce sont bien les « hubs de retour » qui font débat. France 24 se penche sur quatre questions que pose leur création future.

• Pourquoi créer des hubs de retour ?

L’Union européenne souhaite un durcissement de sa politique migratoire. Seulement deux ans après l’adoption du Pacte asile et migration, qui entre tout juste en vigueur actuellement, ce texte, qui traduit la poussée de la droite et de l’extrême droite au Parlement européen, vient le compléter.

Environ 400 000 étrangers en situation irrégulière reçoivent chaque année un ordre de départ, selon la Commission européenne. Mais seulement 20 % de ces décisions d’expulsion aboutissent réellement, notamment en raison du refus des pays d’origine d’accueillir leurs ressortissants.

L’idée est donc de créer des centres de retour dans des pays tiers, ce qui permettrait d’expulser les personnes en situation irrégulière sans attendre l’accord de leur pays d’origine. Ces derniers se retrouveraient alors en transit dans un « hub » dans l’attente que leur pays d’origine donne son feu vert à leur retour.

« Le nouveau règlement accélérera le processus de retour et augmentera le nombre de retours des personnes qui n’ont aucun droit légal de séjourner dans l’UE », déclare dans un communiqué officiel Nicholas Ioannides, vice-ministre de la Migration et de la Protection internationale de la République de Chypre, qui assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE.

L’UE disposera d’un « meilleur contrôle pour garantir que les retours soient effectués. C’est ce qu’attendent les citoyens et c’est ce que nous leur offrons », a de son côté affirmé le commissaire européen en charge de l’immigration, l’Autrichien Magnus Brunner.

L’eurodéputé Les Républicains François-Xavier Bellamy, qui siège au Parlement européen au sein du groupe de droite Parti populaire européen (PPE) et a milité pour le durcissement des règles, a estimé auprès de l’AFP que le texte « va révolutionner la politique européenne face à l’immigration illégale ». Contacté par France 24, il n’a pas donné suite à notre demande d’interview.

• Où et comment fonctionneront les hubs de retour ?

Les contours des futurs hubs de retour sont encore nébuleux. « Ces centres pourraient servir soit de destination finale, soit de centres de transit facilitant le retour ultérieur vers le pays d’origine ou vers un autre pays tiers. Dans ce contexte, un ‘pays de retour’ peut être un pays tiers avec lequel un accord ou un arrangement a été conclu », décrit le communiqué de l’UE publié lundi soir, sans donner davantage de précisions.

Certains pays européens commencent déjà à imaginer où installer ces centres. Le Rwanda, l’Ouganda ou l’Ouzbékistan sont évoqués. Mais il faudra du temps aux États pour développer de tels projets, en accord avec les pays tiers qui les accueilleraient.

Ces hubs seront des « arrangements pays par pays. On ne voit pas très bien comment ça marchera », met en garde une source diplomatique, citée par l’AFP.

Les pays hôtes devraient recevoir une compensation financière pour l’accueil d’un centre de rétention, dont le coût sera à la charge du pays européen à l’origine de l’accord.

L’idée de créer des hubs de retour, sans lien avec le pays d’origine des migrants, n’est toutefois pas nouvelle. Elle a été testée par l’Italie de Giorgia Meloni en Albanie, les étrangers y étant envoyés avant même l’examen de leur demande d’asile, contrairement à ce que prévoit la nouvelle loi européenne.

• Les hubs de retour seront-ils efficaces ?

Les soutiens du texte assurent que ces centres de rétention permettront d’atteindre un double objectif : d’une part permettre l’expulsion des étrangers en situation irrégulière qui jusqu’ici avaient tendance à rester sur le territoire européen, et d’autre part dissuader les éventuels candidats à l’immigration de songer à venir en Europe.

« Si vous venez illégalement en Europe, soyez sûr que vous n’y resterez pas », a ainsi affirmé François-Xavier Bellamy à l’AFP.

Mais les opposants au texte estiment que ces hubs « n’apporteront rien de concret ». « Ce n’est pas en externalisant les politiques migratoires de l’UE qu’on va régler les problèmes. C’est un mensonge que la droite et l’extrême droite utilisent vis-à-vis de l’opinion publique, car ce ne sont pas ces centres qui empêcheront les gens de partir de chez eux s’ils veulent fuir leur pays », affirme à France 24 l’eurodéputée socialiste Murielle Laurent, membre du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) au Parlement européen.

Dans un article publié le 16 avril 2026 par le Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po, les chercheurs Paula Hoffmeyer-Zlotnik et Philipp Stutz parlent quant à eux de « nouveau mirage européen ».

« Les nouveaux hubs ne font rien pour s’attaquer à la contrainte fondamentale qui façonne la politique de retour depuis des décennies : les gouvernements des pays tiers bénéficient rarement de la coopération telle qu’elle est conçue actuellement. Les pays d’origine font souvent face à des réactions intérieures négatives pour avoir réadmis des migrants ; et l’UE offre souvent trop peu de contreparties. Les contraintes pratiques au retour des personnes en situation irrégulière, comme l’absence de passeports, ne disparaîtront pas avec les nouvelles règles », écrivent-ils.

Les chercheurs ont observé les exemples existants : l’Italie a mis en place un centre en Albanie et le Royaume-Uni au Rwanda. « On constate que les ‘solutions’ d’externalisation mises en place par le Royaume-Uni et l’Italie se sont avérées coûteuses et inefficaces. Le hub d’asile et de retour italo-albanais est estimé avoir coûté environ 100 millions d’euros pour seulement quelques dizaines de transferts, tandis que le programme du Royaume-Uni au Rwanda devrait dépasser 700 millions de livres sterling pour seulement quatre retours volontaires », soulignent-ils.

• Quid de la question des droits humains ?

L’autre principale critique des opposants aux hubs de retour porte sur la question des droits humains, dont le respect ne serait pas garanti dans les pays tiers évoqués.

L’Union européenne se veut rassurante sur cette question. « Tout accord ou arrangement de ce type ne pourra être conclu qu’avec un pays tiers respectant les normes internationales en matière de droits humains ainsi que les principes du droit international, notamment le principe de non-refoulement. Les mineurs non accompagnés sont exclus de ces accords ou arrangements », affirme le communiqué de l’UE publié lundi soir.

« Les centres prévus ne constituent pas des zones de non-droit. Même s’ils sont situés à l’extérieur de l’Union européenne, les garanties en matière de droits fondamentaux prévues par le droit de l’UE s’y appliquent quand même », indique pour sa part l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA), dans un communiqué daté du 6 février 2025.

« Il y a les mots qu’on écrit sur du papier et ce qu’il se passe dans la réalité. Or, on sait très bien comment ça se passe en Albanie, par exemple, avec des gens laissés à l’abandon », critique Murielle Laurent, qui déplore « un texte qui traduit un grand éloignement des valeurs humaines comme la protection des droits humains pour lesquelles l’UE a été créée ».

Un rapport de l’ONG Action Aid et de l’université italienne de Bari publié en juillet 2025 a justement épinglé les centres de rétention italiens en Albanie. Outre leur coût, les auteurs du rapport décrivent un système de rétention des migrants « ingérable et structurellement violent » qui « fait fi des droits fondamentaux ». Ils soulignent également que trois migrants sont décédés dans ces centres en 2024 et au cours des trois premiers mois de 2025.

Sources: infomigrants

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page