Tunisie : des « dizaines de corps » de migrants retrouvés sur des plages de Mahdia et Sfax

Selon le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), une association qui vient en aide aux migrants en Tunisie, des « dizaines de corps » ont été retrouvés depuis dimanche sur des plages de Mahdia et Sfax, dans le centre-est de la Tunisie. L’organisation regrette que les autorités n’aient pas communiqué sur ce sujet et demande plus de « transparence ».
Nouvelles découvertes macabres sur les côtes tunisiennes. Depuis dimanche 8 juin, « des dizaines de corps » ont été retrouvés sur des plages de Mahdia et Sfax, dans le centre-est de la Tunisie, a indiqué mardi 10 juin dans un communiqué le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES), une association qui vient en aide aux exilés dans le pays.
Ces cadavres sont « probablement ceux de migrants en situation irrégulière » morts lors de naufrages au large de la Tunisie, ajoute l’organisation.
Le FTDES regrette que les « autorités publient rarement des données détaillées sur les noyades survenues le long des côtes tunisiennes depuis juin 2024 », allant jusqu’à parler de « morts dissimulés ». Ainsi, l’association « exige davantage de transparence dans le dossier migratoire ».
« Chasse à l’homme »
La Tunisie, dont le littoral se trouve à certains endroits à moins de 150 km de l’île italienne de Lampedusa, est devenue ces dernières années l’un des principaux points de départ en Afrique du Nord des exilés cherchant à gagner l’Europe.

Mais la route maritime vers les côtes européennes est quasiment bloquée, Tunis ayant conclu à l’été 2023, sous l’impulsion de l’Italie toute proche, un partenariat avec l’Union européenne (UE) contre l’immigration irrégulière.
Depuis cette date, C’est la double peine pour les exilés présents en Tunisie : ils sont non seulement régulièrement violemment interceptés en mer quelques minutes après leur départ mais aussi victimes d’une véritable « chasse à l’homme ». Ils sont arrêtés dans les rues, les commerces, en mer, dans leur maison ou sur leur lieu de travail et expulsés dans le désert, vers les zones frontalières de la Libye et de l’Algérie.
Après leur interpellation, les exilés risquent aussi de finir en centre de détention pour « séjour irrégulier » aux côtés de prisonniers de droit commun.
Les lieux de vie sont également ciblés par les autorités. Les campements de migrants disséminés dans les champs d’oliviers à El-Amra, en périphérie de Sfax, sont régulièrement détruits par les policiers, laissant les exilés dans le plus grand dénuement.
Une politique dénoncée depuis des années par les associations et les instances internationales. « Les scènes de mort sur les côtes, les expulsions vers la frontière, les incendies et la destruction des camps, ainsi que les témoignages de personnes en déplacement et de réfugiés, contredisent le discours officiel sur les leçons humanitaires à tirer de la gestion des migrants », signale le FTDES.
Dans ce contexte, le président tunisien a demandé, en mars, à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à intensifier ses efforts pour assurer les « retours volontaires » des migrants irréguliers vers leurs pays.
En 2024, un nombre record d’exilés étaient retournés chez eux via l’OIM : 7 250 personnes contre 2 250 en 2023, ce qui représentait déjà une hausse de 45 % par rapport à 2022.
« Il faut que les organisations responsables fassent leur travail dans les plus brefs délais et que les pays de l’UE contribuent au financement du retour des personnes dans leurs pays. Cela nécessite plus que les 20 millions d’euros répartis entre trois pays maghrébins », a aussi exhorté fin avril le député de Sfax Tarak Mahdi, joint par InfoMigrants.
Sources: infomigrants




