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« Graves violations du droit international » : l’accord « one in one out » entre la France et le Royaume-Uni critiqué par l’ONU

Le 8 décembre 2025, neuf experts de l’ONU ont remis une lettre de 20 pages aux autorités britanniques exprimant leurs inquiétudes quant à des violations potentielles des droits humains dans le cadre de l’accord avec la France « one in one out ». Dans la missive, les experts demandent aussi de mettre fin à ce partenariat.

L’ONU a appelé le Royaume-Uni et la France à mettre fin à l’accord « one in one out » (« un entrant, un sortant »), avertissant qu’il pourrait y avoir de « graves violations du droit international des droits de l’Homme ».

Neuf experts, dont sept rapporteurs spéciaux, ont adressé le 8 décembre 2025 une lettre de 20 pages à Downing Street et à Paris, exposant en détail leurs préoccupations quant aux violations potentielles des droits humains qu’ils avaient relevées dans le cadre de ce dispositif. Les rapporteurs s’inquiètent des violations des droits de l’Homme à l’encontre « d’enfants et de personnes en situation de vulnérabilité » et déplorent la (non) protection des personnes fragiles psychologiquement ou suicidaires.

Pour les experts, la détention de survivants de la torture dans le cadre de cet accord « peut en soi constituer un traitement cruel, inhumain et dégradant ». Ils demandent donc « la fin de cet accord » et « de veiller à ce que les mesures de gouvernance des migrations respectent, protègent et garantissent les droits humains, sans créer de nouvelles situations de vulnérabilité ni aggraver celles qui existent déjà. »

Un accord « conforme au droit », selon le Home Office

Interrogé, le Home Office se défend de toute dérive. « Nous sommes confiants quant au fondement juridique de ce projet pilote, qui est pleinement conforme au droit national et international », a déclaré un porte-parole cité par le Guardian. Contacté par le Guardian, le ministère de l’Intérieur français n’a pas répondu.

Le projet pilote « one in one out », qui repose sur le principe de « un pour un », prévoit le renvoi en France de migrants arrivés à bord de « small boats » au Royaume-Uni, bloquant de facto leur accès au système d’asile. En échange, Londres accepte d’accueillir des migrants se trouvant en France, via une route sûre et légale, et exprimant leur volonté de demander l’asile. Ce dispositif est expérimenté jusqu’en juin 2026. Désormais, les migrants traversant clandestinement la Manche en petites embarcations peuvent être placés en détention au Royaume-Uni et expulsés vers la France.

D’après la lettre, « un Érythréen a été contraint de rester pieds nus lors de son arrestation, a eu la tête recouverte d’une cagoule et a été plaqué au sol, les bottes des gardes appuyées sur sa nuque », peut-on lire dans le Guardian. « Une Yéménite, qui affirmait avoir été réduite en esclavage depuis l’âge de trois ans, s’est vu refuser la crédibilité de son témoignage par le ministère de l’Intérieur, car elle n’avait pas immédiatement révélé son passé de victime de trafic d’êtres humains à son arrivée au Royaume-Uni. »

Ce n’est pas la première fois que des témoignages de migrants arrêtés dans le cadre de cet accord apparaissent dans la presse. Début janvier, le média britannique The Guardian avait déjà révélé que 85 migrants placés en centre de rétention au Royaume-Uni en vue de leur renvoi en France avaient affirmé avoir subi des traitements dégradants de la part des autorités britanniques.

Les exilés, originaires du Soudan, d’Afghanistan et d’Iran notamment, accusaient le Home Office de les soumettre à une détention arbitraire, de leur refuser l’accès à un avocat. Ils dénonçaient aussi un accès limité à des soins médicaux, des traitements dégradants et des préjudices psychologiques, notamment dans le centre d’Harmondsworth, en périphérie de Londres.

L’année dernière, d’autres témoignages avaient été récoltés par le média britannique. « Je suis encore sous le choc », avait déclaré un Érythréen, joint par téléphone depuis un centre de détention anglais à l’été 2025. « Les Taliban ont essayé de me tuer, alors je me suis enfui d’Afghanistan. Je pensais être libre quand je suis arrivé au Royaume-Uni, mais je me retrouve dans cette prison », a confié un Afghan. « Nous ne savions rien de l’accord quand nous avons quitté la France ».

Depuis l’entrée en vigueur de cet accord, 281 migrants arrivés en Angleterre par « small boat » ont été expulsés vers la France et 350 exilés ont pu rejoindre le Royaume-Uni de manière légale. Un chiffre en deçà des espérances des autorités britanniques.

Sources: infomigrants

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