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Au Royaume-Uni, plus de 70 migrants reçoivent une compensation financière pour avoir eu leurs téléphones confisqués après leur traversée de la Manche

La Haute cour de Justice du Royaume-Uni a décidé que plus de 70 migrants arrivés en 2020 via la Manche allaient recevoir une compensation financière en raison de la saisie illégale de leurs téléphones portables par les autorités. À l’époque, l’ancien chef du gouvernement Boris Johnson avait autorisé ces saisies pour récupérer d’éventuelles informations sur les réseaux de trafiquants.

C’était une loi prise en toute discrétion et qui n’a pas duré. En 2020, le gouvernement conservateur de Boris Johnson avait décidé de saisir les téléphones portables des migrants arrivant illégalement au Royaume-Uni par la Manche afin d’en examiner le contenu et ainsi démanteler des réseaux de passeurs.

Mais plusieurs exilés ont porté plainte contre cette mesure. La Haute cour de justice du Royaume-Uni leur a récemment donné raison en condamnant le gouvernement britannique à leur verser une compensation financière, a révélé le Sun, mardi 17 février. La cour a estimé que la saisie des téléphones violait la Convention européenne des droits de l’Homme et que les plaignants devaient être indemnisés pour le non-respect de leurs droits à la vie privée.

Une trentaine de personnes ont déjà reçu la somme totale de 210 800 livres sterling (environ 241 855 euros) du ministère de l’Intérieur. Selon le Daily Mail, au moins 41 autres personnes doivent recevoir des compensations équivalentes, pour un montant total de 480 887 (environ 551 731 euros) livres sterling.

Mais des centaines d’autres personnes pourraient être concernées car – entre avril et novembre 2020 – ce sont plus de 2 000 téléphones qui ont été saisis.

Une plainte déposée en 2022

L’affaire avait été rendue publique en 2022 lorsque trois demandeurs d’asile, dont les téléphones avaient été confisqués à leur arrivée au Royaume-Uni, avaient porté plainte devant la Haute cour de justice britannique.

L’avocat de l’un des trois plaignants, Thomas de la Mare, avait déclaré qu’une fois les téléphones des demandeurs d’asile confisqués, ces derniers « [avaient été] ‘intimidés’ afin [de donner] leurs codes pin pour que les policiers puissent avoir accès à des informations personnelles, notamment des courriels, des photos et des vidéos, et les télécharger dans une base de données des services de renseignement appelée ‘Project Sunshine' », selon le Guardian.

Un simple numéro de téléphone était ensuite remis aux exilés pour récupérer leur téléphone. Mais, bien souvent, ces personnes ont dû patienter « plusieurs mois » avant de pouvoir récupérer leur bien.

Thomas de la Mare avait, également, expliqué que son client « n’avait pas pu savoir si [ses proches] étaient morts ou vivants ». « Il ne pouvait pas les appeler pour les prévenir qu’il était bien arrivé au Royaume-Uni car il n’avait plus son téléphone, ni les numéros enregistrés dedans », avait-il confié au Guardian.

Dans un premier temps, le Home office – par la voix de ses avocats – avait nié l’existence de cette politique avant d’admettre son existence. Le ministère avait reconnu que le caractère « secret » de cette politique était répréhensible mais que la démarche en elle-même avait un but de lutte contre les réseaux de passeurs de migrants.

La Haute cour de justice avait débuté en janvier 2022 l’examen de l’affaire.

Une nouvelle loi censée « arrêter les passeurs »

Malgré la décision de la Haute cour, le gouvernement travailliste de Keir Starmer a adopté, en décembre dernier, une mesure semblable. En vertu de ce texte, les policiers britanniques peuvent désormais procéder à des fouilles lors de l’arrivée au port des migrants secourus dans la Manche.

Les agents sont habilités à demander aux exilés de retirer leur manteau et leurs gants afin de confisquer les téléphones portables, et de fouiller leur bouche pour récupérer des cartes SIM dissimulées.

Le but : récupérer d’éventuelles informations sur les réseaux de trafiquants et démanteler les organisations mafieuses. « Les passeurs utilisent leurs téléphones et les réseaux sociaux pour recruter des migrants illégaux en vue de la traversée de la Manche », avait expliqué en décembre le Home office. Cette mesure permettra « d’arrêter les passeurs », assurait encore le ministère.

Mais cette nouvelle méthode pourrait avoir des effets limités sur les réseaux de passeurs, car rares sont les migrants à garder leur téléphone au moment de monter dans un « small boat ».

Les défenseurs des droits se sont insurgés contre cette mesure, jugée inhumaine. « Utiliser des pouvoirs invasifs pour fouiller les vêtements – et même la bouche – de personnes désespérées et traumatisées qui viennent de survivre à une traversée terrifiante de la Manche est un acte de brutalité dystopique », a déclaré Sile Reynolds, responsable du plaidoyer pour les demandeurs d’asile chez Freedom from Torture.

Depuis son arrivée au pouvoir à l’été 2024, le Premier ministre travailliste Keir Starmer est sous pression pour tenter d’endiguer les traversées de la Manche, alors que le parti anti-immigration Reform UK caracole dans les sondages. Mais la multiplication des mesures ne semble pas avoir d’effets sur les arrivées, qui ont nettement augmenté cette année. Selon les données du Home Office, 41 472 exilés ont atteint le Royaume-Uni en 2025 après avoir traversé la Manche depuis la France à bord de petites embarcations. Il s’agit du deuxième nombre d’arrivées le plus élevé jamais enregistré depuis le début des relevés en 2018 par le gouvernement britannique.

Sources: Infomigrants

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