En 2025, 80 000 migrants ont été refoulés aux frontières extérieures de l’UE, moins qu’en 2024

Selon un rapport d’une coalition d’ONG européennes, plus de 80 000 refoulements ont eu lieu aux frontières extérieures de l’Union européenne durant l’année 2025. Un chiffre en baisse de 34 % par rapport à 2024, lié, selon les associations aux interceptions des migrants avant leur arrivée aux frontières de l’UE – comme par exemple les arrestations d’exilés en mer Méditerranée par les gardes-côtes libyens.
« Ils nous ont jetés dans le fleuve à trois heures du matin. Il y avait des enfants avec nous d’une dizaine d’années. Je les ai vus jetés dans le fleuve, blessés et déjà transis de froid ». Ce témoignage est celui d’un Egyptien de 21 ans qui raconte son « pushback » – un refoulement à la frontière sans laisser à la personne concernée la possibilité de demander l’asile – et celui des 39 membres de son groupe, dont 12 mineurs, à la frontière entre la Bosnie et la Croatie, sur la route des Balkans.
Il est issu du rapport d’une coalition d’organisations européennes qui, chaque année, documente l’ampleur des refoulements opérés aux frontières extérieures de l’Union européenne (UE). Selon ce document, en 2025, au moins 80 865 refoulements ont eu lieu aux frontières extérieures de l’Union européenne.
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Un chiffre en baisse de 34 % par rapport à l’année dernière. En 2024, la coalition d’ONG avait recensé plus de 120 000 refoulements aux frontières de l’UE.
Une baisse liée à l’externalisation et la gestion des migrations
Les ONG estiment que cette baisse est liée à l’augmentation des interceptions avant l’arrivée des migrants aux frontières européennes. Elles citent notamment l’augmentation des interceptions en mer Méditerranée par les gardes-côtes libyens. « Au moins 26 635 personnes ont été interceptées en mer et ramenées de force en Libye en 2025, selon les derniers chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En 2024, 21 762 personnes avaient été interceptées en mer et ramenées en Libye. En 2023, elles étaient 17 190 », note le rapport.

Ce nombre d’interceptions montre que l’UE « met fortement l’accent sur l’externalisation et la gestion des migrations par le biais d’accords avec des pays tiers », ajoute le document qui évoque le « nouveau Pacte sur la migration et l’asile ».
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Devant entrée en vigueur en juin 2026, ce Pacte asile et migration prévoit en effet de nombreuses mesures pour durcir la politique migratoire et externaliser les demandes d’asile.
Il propose notamment la possibilité pour les pays de l’UE d’ouvrir des centres de retour – appelés « hubs de retour » – dans des pays hors des frontières de l’UE où seraient envoyés les migrants déboutés de l’asile. Ou encore le renvoi des demandeurs d’asile vers des pays tiers « sûrs » mais avec lesquels le demandeur n’a aucun lien.
« Poursuivre le dialogue avec les autorités libyennes »
Interrogée par InfoMigrants, la Commission européenne estime que « le Pacte sur la migration et l’asile constitue une réforme majeure qui établit un cadre juridique solide pour une gestion des migrations plus juste et plus efficace » et que l’UE, « avec les États membres », « intensifiera ses efforts pour accroître la coopération » avec les partenaires internationaux, « dans le plein respect des droits et obligations fondamentaux en vertu du droit international ».
Et sur le dossier libyen, elle rappelle qu’il « est impératif de poursuivre les efforts pour aider la Libye à mettre en place un système de gouvernance et de gestion des migrations global et fondé sur les droits, ainsi que pour renforcer les capacités des acteurs libyens concernés afin de sauver des vies et de lutter contre les réseaux de passeurs qui exploitent le désespoir des populations ». Et d’ajouter : « Pour améliorer la situation sur le terrain, il est nécessaire de poursuivre le dialogue avec les autorités libyennes afin d’améliorer les conditions humanitaires des migrants et d’éviter les décès en mer et dans le désert ».
Les refoulements, « une pratique courante dans les États membres »
Malgré la baisse des pushbacks en un an, les ONG restent sur le qui-vive. « Les refoulements aux frontières extérieures de l’Europe sont devenus une pratique courante dans les États membres de l’Union européenne (UE) ». Et « la constance de ces pratiques indique qu’elles sont devenues une composante systématique de la politique migratoire de l’UE ».

Ces méthodes de refoulement systématique aux frontières sont pourtant illégales au regard du droit international. Le « principe de non-refoulement » est inscrit dans l’article 33 de la Convention de Genève sur le droit des réfugiés. Il est aussi spécifié dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et la CEDH. Cette législation notifie qu’avant toute décision de retour, un examen spécifique des situations des migrants (comme la demande d’asile) doit être effectué et qu’aucune mesure d’expulsion générale ne peut être prise.
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Selon le document, la majorité des refoulements ont lieu aux frontières terrestres de l’Union européenne, en particulier sur la route des Balkans. Citant des chiffres issus des rapports d’ONG, de groupes de recherche, des organisations de l’ONU et de données des services gouvernementaux, il note que la plupart des refoulements ont été opérés par la Pologne, la Bulgarie et la Lettonie. Ces pays ont, respectivement, refoulés 14 754, 13 568 et 12 046 personnes, selon le rapport. À noter qu’une personne peut avoir été refoulée plusieurs fois.
« Le but est de faire peur aux gens »
Ces dernières années, InfoMigrants a recueilli de nombreux témoignages faisant état de ces « pushbacks ». « J’ai tenté 9 fois de franchir la frontière. Certains agents cassent nos téléphones, frappent ou nous asperge de gaz dans les yeux », racontait Azzedine, un Soudanais refoulé à la frontière polonaise en mai 2024.
La Grèce est également mentionnée dans le rapport comme ayant refoulé près de 6 000 migrants en 2025. Depuis des années, Athènes est accusée de « pushbacks » violents en mer Égée et près du fleuve Evros. Le pays a d’ailleurs été condamné par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) dans une affaire de refoulement de demandeurs d’asile. La requérante, une Turque, avait été expulsée le jour-même de son arrivée en Grèce vers la Turquie – puis arrêtée et emprisonnée par les autorités turques. La CEDH a condamné la Grèce à lui verser 20 000 euros.
En 2023, dans un rapport, le Conseil grec des réfugiés (GCR) estimait déjà que les « pushbacks de migrants étaient organisés et massifs ». « Les personnes racontent qu’il y a des personnes cagoulées et habillées en noir, qui, dans la nuit, les arrêtent et les repoussent de diverses façons vers la Turquie », détaillait à InfoMigrants Lefteris Papagiannakis, le directeur du GCR.
« Il incombe aux États membres d’enquêter sur toute allégation d’irrégularités », rappelle la Commission européenne
Il estimait notamment que « la violence fait partie du pushback ». « Le but est de faire peur aux gens. Il y a un message qui est envoyé aux personnes qui veulent venir en Grèce: ‘Ne venez pas, vous risquez d’être repoussés violemment’. Le message indirect est très, très clair. »
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« Les gardes-côtes nous ont demandé de leur donner notre bidon d’essence. Puis, ils nous ont lancés une corde. Nous pensions qu’ils nous dirigeaient vers Lesbos mais en fait ils nous ont emmenés en plein milieu de la mer. Ils nous ont laissés là et sont repartis », racontait en 2020 à InfoMigrants Samuel*. Ce migrant avait été repéré dans la nuit par la marine grecque alors que son embarcation approchait de l’île de Lesbos.
Sur ce point, la Commission européenne rappelle « qu’il appartient aux États membres de gérer et de protéger leurs frontières extérieures » et donc « qu’il incombe aux États membres d’enquêter sur toute allégation d’irrégularités » à leurs frontières.
Sources: Infomigrants




