Libye : les autorités retrouvent plus de 200 migrants enfermés dans une « prison secrète » dans des conditions « inhumaines »

Plus de 200 migrants ont été libérés d’une « prison secrète » dans la ville de Kufra, dans le sud-est de la Libye, a indiqué dimanche des sources sécuritaires. Certaines personnes étaient retenues depuis plus de deux ans. Les exilés avaient un accès limité à la nourriture, à l’eau et aux soins médicaux; et étaient torturés en échange d’une rançon pour leur libération.
Les forces de sécurité libyennes ont découvert plus de 200 migrants enfermés dans un centre de détention illégal à Kufra, au sud-est de la Libye. Ces exilés étaient retenus dans une « prison secrète » de près de trois mètres de profondeur, gérée par un trafiquant d’êtres humains libyen, ont indiqué à Reuters deux sources sécuritaires de la ville. L’homme soupçonné n’a pour l’heure pas été arrêté.
D’après les autorités de l’est libyen, cette opération de police a permis de mettre fin à « l’un des crimes contre l’humanité les plus graves jamais mis au jour dans la région ».
Les migrants, principalement originaires de Somalie et d’Érythrée, étaient enfermés dans des conditions « inhumaines », selon les mêmes sources. Certaines personnes étaient détenues depuis deux ans dans des cellules surpeuplées. Parmi eux, des femmes et des enfants, dont un nourrisson d’un mois. Les migrants étaient torturés et les vidéos étaient envoyés à leurs familles qui devaient payer une rançon pour leur libération.
Les exilés avaient un accès limité à la nourriture, à l’eau et aux soins médicaux, a précisé sur Facebook l’Institut national des droits de l’Homme en Libye (Nihrl). Une dizaine de détenus ont été transférés à l’hôpital dans un état critique.
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Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrent des dizaines de personnes en file indienne, amaigries et très affaiblies. Certaines ne parviennent pas à marcher toute seule et sont aidées par d’autres migrants pour sortir du lieu de détention.
Les autorités n’ont en revanche donné aucune information sur la prise en charge de ces migrants. Dans ce genre d’affaires, les exilés sont généralement transférés dans des prisons gérées par le Département de lutte contre l’immigration illégale (DCIM). Dans ces centres de détention, les Subsahariens sont aussi victimes de violences et doivent – souvent – payer une rançon de centaines d’euros pour leur libération.
D’autres prisons secrètes et des charniers
Ce genre de prisons secrètes sont nombreuses en Libye, pays en proie au chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Les milices ont trouvé dans la question migratoire une manière de s’enrichir. Les groupes armés n’hésitent pas à kidnapper des exilés en pleine rue, dans leur appartement ou sur leur lieu de travail pour les retenir captifs. En échange, les trafiquants filment les sévices infligés et envoient les images aux familles pour leur extorquer de l’argent.
Fin août 2024, un millier de personnes avaient été libérées d’un hangar faisant office de prison secrète dans la région d’Ash Shwayrif, au sud de Tripoli. Les migrants retenus à d’Ash Shwayrif ont été soumis à toutes sortes de torture « dans le but de contraindre leurs familles à payer des sommes d’argent en échange de leur libération », signalait à l’époque le communiqué du bureau du Procureur général. Les trafiquants « ont participé à des activités criminelles organisées en commettant des meurtres, des privations de liberté, et des viols ».
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Quelques mois plus tôt, en mai, 200 migrants avaient aussi été libérés d’une prison non officielle de Kufra. Là encore, les exilés avaient affirmé avoir subi des violences de la part de leurs ravisseurs. Les migrants « ont été brutalement torturés » afin de forcer leurs familles à payer de « grosses sommes d’argent » pour leur libération, indiquait un communiqué du ministère de l’Intérieur.
Les exilés retenus illégalement par des trafiquants risquent aussi d’être enterrés dans des fosses communes. La semaine dernière, 21 corps ont été retrouvés dans un charnier d’Ajdabiya, dans le nord-est de la Libye. Les victimes étaient retenues dans une ferme de la région transformée en « lieu de détention pour migrants clandestins », selon les autorités. Selon un communiqué du procureur général, 195 migrants ont été libérés par le groupe criminel après avoir été détenus et torturés dans le but d’extorquer une rançon à leurs familles.

En juin 2025, plus de 80 corps, dont certains carbonisés, avaient été découverts dans le quartier d’Abu Salim, dans la banlieue de Tripoli, en Libye. En février 2025, près d’une centaine de corps avaient été retrouvés pendant plusieurs jours dans les régions désertiques de Jikharra et de Kufra, dans le sud-est libyen.
« Les migrants et les demandeurs d’asile, y compris les enfants, continuent d’être victimes de graves violations des droits de l’Homme en Libye […] La découverte alarmante et tragique de charniers à la suite de raids sur des sites de trafic d’êtres humains met en lumière le grave danger auquel sont confrontés les migrants en Libye », avait alors déploré la sous-secrétaire générale de l’ONU pour les Affaires politiques Rosemary DiCarlo lors d’un discours devant le conseil de sécurité des Nations unies.
Sources: infomigrants




