Au moins 20 corps de migrants retrouvés au large de la Libye

Au moins 20 corps de migrants ont été retrouvés entre dimanche et lundi au large des côtes libyennes. Dix-huit se trouvaient dans l’ouest du pays, tandis que les deux autres ont été retrouvés non loin de Tobrouk, dans l’est de la Libye.
Les drames se poursuivent sur les côtes libyennes. En deux jours, dimanche 14 et lundi 15 juin, au moins 20 corps de migrants ont été retrouvés au large de la Libye. Quinze corps ont été découverts lundi près de la ville d’Al-Khums, à environ 118 km à l’est de Tripoli.
Ils ont été pris en charge par le Centre de médecine d’urgence et de soutien du ministère de la Santé qui a précisé que toutes les dépouilles avaient été enterrées.
Le même jour, le Croissant-Rouge libyen a découvert deux autres corps de migrants au large de la ville de Casteverde, à l’est de Tripoli, a rapporté une source proche des autorités libyennes.
Selon cette même source, la veille, dimanche 14 juin, le corps d’une femme a été retrouvé non loin de Misrata. Et deux corps ont également été récupérés en mer près d’Al-Qardaba, dans l’est de la Libye, par le Croissant-Rouge libyen.
La route de Tobrouk de plus en plus fréquenté
De très nombreux migrants tentent toujours de rejoindre l’Europe depuis les rives libyennes. Des départs qui aboutissent parfois à des drames. Au mois d’avril, plus de 40 corps de migrants avaient été retrouvés sur les côtes libyennes.

De plus en plus de corps sont aussi retrouvés sur les côtes de l’est du pays, signe que cette route dite de Tobrouk – qui mène à la Crète – continue à prendre de l’ampleur.
Des centaines de personnes ont également été secourues en mer au large des îles de Crète et de Gavdos ces derniers mois. Début juin, plus de 660 migrants sont arrivés sur ces deux îles en seulement deux jours.
Des distance « multipliées par trois »
Mais sur cette route, les dangers en mer sont encore plus importants et les naufrages fréquents. « Les distances sont multipliées par trois voire quatre : depuis Tobrouk, les migrants doivent traverser toute la Méditerranée centrale pour atteindre les rives européennes, sans compter qu’aucun navire de sauvetage ne sillonne cette zone. Les canots partis de Tobrouk qui dérivent n’ont aucune chance d’être secourus », signalait Arnaud Banos, spécialiste des migrations maritimes, à InfoMigrants début avril.
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Face à la fréquentation en hausse de cette route, la Commission européenne a décidé de financer l’ouverture d’un centre de coordination de sauvetage maritime (MRCC) à Benghazi, dans l’est de la Libye. Et ce, alors que le gouvernement de cette zone n’est pas reconnu par l’Union européenne (UE).
Le MRCC de Benghazi devrait fonctionner sur le même modèle que celui de Tripoli. Depuis un accord signé entre l’Union européenne (UE) et Tripoli en 2017, les gardes-côtes libyens de l’ouest sont chargés de la coordination des sauvetages au large de leurs côtes. Une tâche qui incombait auparavant au MRCC de Rome ou de La Valette, à Malte. L’accord de 2017 prévoit que l’Italie équipe et forme les autorités libyennes pour intercepter en mer les exilés en route vers les côtes européennes.
Plus 6 000 personnes interceptées en mer
À la mi-mai, plus de 6 000 personnes avaient été interceptées en mer et ramenées en Libye, selon les chiffres de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
En 2025, plus de 26 000 migrants avaient été arrêtés en Méditerranée centrale par les forces libyennes et renvoyés dans le pays, d’après l’OIM. Un nombre en constante augmentation : ils étaient plus de 21 000 en 2024, et 17 000 en 2023.

Pour les personnes ramenées dans le pays, le calvaire se poursuit. En Libye, les migrants sont détenus de façon arbitraire dans des prisons, parfois clandestines, où ils sont soumis à toutes sortes de violences : coups et brimades, travail forcé, exploitation sexuelle…
Dans un récent rapport, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a souligné que les migrants, dont des mineurs, continuaient à être victimes de « violations systématiques et généralisées des droits humains » en Libye.
Le rapport, qui s’appuie sur des entretiens avec une centaine de personnes originaires de 16 pays d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud, couvre une période de deux ans, de janvier 2024 à décembre 2025. Il décrit des cas d’hommes contraints de travailler sans salaire ni nourriture suffisante, et de filles séparées de leur mère.
Le document évoque « une réalité brutale et normalisée » sur les migrants en Libye et dénonce « un modèle d’exploitation » qui profite de la « vulnérabilité accrue » des exilés.
Environ 5 000 personnes détenues dans des centres officiels suite à des « interceptions illégales et dangereuses en mer » sont victimes de violences sexuelles et sexistes, de torture, d’esclavage et de disparitions forcées, précise le rapport de l’ONU.
Sources: Infomigrants




